Par Mamadouj Sèye
Ce samedi 8 novembre, Dakar retient son souffle. Le rassemblement annoncé par Ousmane Sonko mobilise militants, sympathisants, curieux, observateurs, diplomates et… toute une armée de détracteurs, plus préoccupés par la manière dont il respire que par la construction d’une base militante. Lors du dernier Conseil des ministres, Sonko avait surpris en annonçant « quelques jours de congés ». C’était mercredi dernier. De quoi alimenter les bavardages, comme toujours.
Hier soir, à la veille de la grande journée, il est apparu dans une courte vidéo : accoutrement de sportif, casquette vissée sur la tête, ballon de football au pied. Jongles maîtrisées, gestes fluides, finition impeccable : véritable talent de footballeur confirmé par un tir au but parfaitement exécuté. Quelques secondes suffisent : la toile s’enflamme, les rédactions s’agitent, la concurrence s’étrangle.
Il n’en fallait pas davantage pour que, dès ce matin, certains titres s’interrogent sur le sens exact de ces « congés du Premier ministre ». Et un énergumène en mal d’existence a même promis d’écrire à la Présidence pour s’en plaindre, persuadé d’avoir identifié sa petite affaire d’Etat. Pendant ce temps, Sonko travaille à rendre l’anecdotique central, l’image virale, le geste sportif politique.
Car c’est là toute la mécanique : Sonko est devenu maître dans l’art de la communication moderne. Dans son univers, le silence pèse, le mutisme dérange, le symbole frappe. Depuis plus de dix ans, il force les élites politiques à commenter son ton, ses silences, ses vêtements, ses pauses… et maintenant ses jongles. Ses opposants structurent leur existence autour de lui. Ils ne peuvent pas s’en empêcher. Et tant qu’ils scrutent la manière dont il se mouche (rires), ils ne travaillent pas à avoir des militants.
Là où d’autres communiquent pour exister, Sonko existe pour communiquer. Il se sait au centre du jeu : la moindre apparition déplace l’équilibre politique, bloque les calendriers, change les priorités rédactionnelles, réoriente la colère populaire. Le mettre sous microscope, c’est reconnaître son poids. Le haïr, c’est déjà l’aimer médiatiquement. L’observer, c’est l’adouber comme référent. Et l’imiter, c’est avouer sa supériorité narrative.
On peut critiquer. On peut s’agacer. On peut trembler. Mais la vérité est simple : il est le seul au Sénégal à imposer une dramaturgie nationale rien qu’en jonglant avec un ballon. Qui dit mieux ?