Affaire Farba Ngom : quand l’APR crie à l’hérésie pour masquer sa déroute politique

Par Mamadou Sèye

La sortie de l’APR consécutive au point de presse de la ministre de la Justice relève moins de la riposte politique que de la fuite en avant. En parlant d’« hérésie judiciaire », le parti de l’ancien pouvoir ne conteste pas une décision, il disqualifie l’institution elle-même, révélant au passage une conception profondément conditionnelle de l’Etat de droit : la justice n’est acceptable que lorsqu’elle protège les siens.

Or, face aux éléments précis, factuels et documentés exposés par Yacine Fall, l’APR oppose le vide. Aucun contre-argument sur le fond. Aucun éclairage alternatif sur les faits. Aucun démenti circonstancié. Rien sur les flux financiers évoqués, rien sur les mécanismes décrits, rien sur les éléments matériels mis en avant. A la place, une vieille rhétorique recyclée : acharnement politique, justice des vainqueurs, règlement de comptes. Quand le droit devient inconfortable, on crie au complot.

La ministre, elle, n’a ni jugé ni condamné. Elle a expliqué. Elle a rappelé que le maintien en détention de Farba Ngom n’est pas une décision arbitraire mais la conséquence d’un appel du parquet, mécanisme parfaitement légal, abondamment utilisé hier contre des opposants, dans un silence complice aujourd’hui oublié. Elle a surtout mis sur la table des faits nouveaux, graves, incompatibles avec la thèse d’un simple détenu victime d’une machination : activités soutenues malgré la détention, violations du régime carcéral, communications et interactions qui posent objectivement la question de la poursuite d’agissements à partir d’une cellule. Ce sont ces faits que l’APR évite soigneusement.

L’argument de la santé, brandi comme ultime diversion, ne résiste pas davantage. Là encore, la ministre a été claire : les appréciations médicales relèvent des autorités compétentes, et rien, objectivement, ne justifie une incompatibilité avec la détention. Mais plutôt que d’affronter cette réalité, l’APR préfère l’émotion au droit, la rumeur à la procédure.

Le plus révélateur reste toutefois l’annonce tonitruante d’un « plan d’action ». Tournées religieuses, interpellation de la société civile, sollicitations diplomatiques, marche annoncée. Tout est théorique, conditionnel, incantatoire. Car l’APR sait une chose : elle est aujourd’hui larguée par le peuple. Un parti sûr de sa base n’annonce pas, il mobilise. Un parti enraciné s’adresse d’abord aux citoyens, pas aux médiateurs. Cette stratégie de contournement dit tout de l’isolement politique dans lequel se trouve l’ancien parti au pouvoir.

La vérité est simple et brutale : on ne soulève pas un pays pour défendre un symbole de l’ancien système, encore moins dans un contexte où l’opinion réclame des comptes, de la rigueur et la fin de l’impunité. Farba Ngom ne cristallise aucune empathie populaire au-delà de cercles clientélistes aujourd’hui désarticulés. L’APR le sait, et c’est précisément pour cela que son plan d’action ressemble davantage à un communiqué qu’à une menace réelle.

En attaquant frontalement la ministre de la Justice, en parlant de « panique », l’APR commet enfin une faute stratégique majeure. Ce qui les dérange n’est pas la forme du point de presse, mais la rupture qu’il incarne : la fin du silence politique autour des dossiers judiciaires, la fin des arrangements tacites, la fin de la justice murmurée et négociée. Cette parole publique, pédagogique, assumée, les déstabilise parce qu’elle expose crûment leur dénuement argumentaire.

Au fond, cette conférence de presse n’a rien démontré, rien convaincu, rien mobilisé. Elle a seulement révélé un parti qui n’a pas encore fait le deuil de sa toute-puissance passée, qui confond encore agitation politique et défense juridique, et qui découvre brutalement que la rue ne se décrète pas.

La justice suit son cours.
L’APR gesticule.
Et le peuple, lui, a déjà tourné la page.

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