Trump ou le monde sous tension permanente

Par Mamadou Sèye

L’agitation tous azimuts de Donald Trump n’est pas un simple bruit de fond médiatique. Elle est un symptôme. Celui d’un ordre international déjà fragilisé, désormais exposé à une diplomatie de l’imprévisibilité, du rapport de force brut et du mépris assumé des règles multilatérales. Trump ne crée pas le chaos mondial ; il l’accélère et le rend visible.

Qu’il s’agisse de l’OTAN, du commerce international, du climat, du Moyen-Orient ou des relations avec la Chine, la méthode Trump reste la même : pression maximale, déclarations contradictoires, chantage stratégique. Le monde est sommé de s’adapter à une Amérique qui n’arbitre plus, mais qui impose — ou menace d’imposer.

Cette posture interroge profondément l’équilibre mondial. Le système international, déjà ébranlé par la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine, l’embrasement du Proche-Orient et la fragmentation économique, se retrouve confronté à une puissance centrale qui ne se pense plus comme garante de stabilité, mais comme acteur transactionnel.

L’Europe, longtemps sous parapluie stratégique américain, découvre sa vulnérabilité. La Chine observe, avance ses pions et se pose en alternative ordonnée. La Russie exploite les failles. Et le multilatéralisme, déjà affaibli, recule un peu plus chaque jour.

Mais dans ce grand tumulte mondial, l’Afrique ne peut rester un angle mort de l’analyse.

Car l’agitation trumpienne n’est pas sans conséquences pour le continent. D’abord sur le plan sécuritaire : désengagements sélectifs, priorités fluctuantes, alliances révisables à tout moment. Ensuite sur le plan économique : protectionnisme, guerres commerciales, instabilité des marchés, pression sur les matières premières et les chaînes d’approvisionnement.

L’Afrique, déjà exposée aux chocs exogènes, subit souvent sans décider. Or le moment est précisément celui où ne plus subir devient une nécessité stratégique.

Face à un monde plus dur, plus cynique, plus fragmenté, le continent africain est placé devant ses propres responsabilités. La fin des illusions est peut-être une chance. La fin des tutelles déguisées aussi. A condition de parler d’une seule voix, de renforcer les intégrations régionales, de sécuriser ses espaces stratégiques et de définir clairement ses intérêts.

Trump, paradoxalement, oblige chacun à sortir de l’ambiguïté. Il force les masques à tomber. Les alliances fondées sur le confort disparaissent. Ne restent que celles fondées sur les intérêts réels. Dans ce monde-là, l’Afrique n’a pas vocation à être un terrain de jeu géopolitique, mais un acteur conscient de son poids démographique, économique et stratégique.

Le défi africain n’est donc pas Trump en soi. Il est l’absence d’une doctrine africaine face au désordre mondial. Une vision claire, assumée, souveraine, capable de dialoguer avec Washington, Pékin, Moscou ou Bruxelles sans naïveté ni soumission.

L’agitation de Trump n’est peut-être que le prélude d’un monde durablement instable. Un monde où la règle cède le pas à la force, où l’émotion remplace la diplomatie, où l’imprévisible devient une méthode. Dans ce monde, l’Afrique n’a plus le luxe de l’attentisme.

Soit elle s’organise, soit elle continuera d’être organisée par les autres.

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