Par Mamadou Sèye
Que le Premier ministre rencontre le bureau exécutif de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS) n’a rien d’un scandale. Rien. C’est même l’expression la plus banale du fonctionnement républicain. Il est question de modernisation de la justice, d’administration, de moyens, de réformes structurelles. Or le Premier ministre est le patron de l’administration. Le reste relève de la mise en scène.
Mais voilà : une certaine opposition, ou ce qui en tient lieu, ne sait plus où donner de la tête. Incapable de proposer une offre politique lisible, elle s’insurge contre une audience institutionnelle parfaitement normale. Elle feint de découvrir une atteinte imaginaire à la séparation des pouvoirs, par pur réflexe de survie médiatique.
Pourquoi tant de bruit ? Parce que certains veulent absolument un climat tendu entre Ousmane Sonko et les magistrats. Ils en ont fait leur fonds de commerce. Ils espèrent ranimer un vieux récit, usé jusqu’à la corde, en travestissant les faits. Or les faits sont têtus : Sonko, dans l’opposition comme au pouvoir, a toujours dénoncé l’instrumentalisation de la justice, jamais la justice elle-même. Et il a toujours affirmé que l’écrasante majorité des magistrats n’a rien à se reprocher. Cette vérité simple dérange ceux qui vivent de la confusion.
Ce que redoutent ces opposants de circonstance, ce n’est pas une quelconque dérive institutionnelle. Ce qu’ils redoutent, c’est l’apaisement. Un Etat qui fonctionne, des institutions qui dialoguent, un exécutif qui assume ses responsabilités : voilà ce qui leur enlève leur dernier os à ronger.
Car une opposition sérieuse fait une offre politique au peuple sénégalais. Elle propose un projet, une alternative, une vision. Elle ne s’installe pas dans la petite politique, les procès d’intention, l’indignation sélective. Elle ne commente pas les audiences faute de pouvoir mobiliser, faute parfois même d’atteindre le seuil des parrainages.
Dans ces conditions, ils ne sont pas des interlocuteurs. Et Ousmane Sonko a raison de leur opposer un mépris souverain, non par arrogance, mais par lucidité politique. Le pays n’a pas à s’arrêter pour rassurer ceux qui ont renoncé à convaincre.
Le reste tient de la farce : fabriquer une opposition fictive entre Sonko et les magistrats, espérer un incident, fantasmer une invite présidentielle à “virer Sonko”. Rires. Pendant que certains s’agitent, l’Etat travaille. Et c’est précisément cela qui les rend fous.