Par Mamadou Sèye
Décidément, le Sénégal ne fait rien comme prévu.
Un dimanche de plus sans crise majeure.
Pas de soulèvement spectaculaire.
Pas de rues en feu.
Pas de panique collective.
Les marchés ouvrent, les familles vivent, les forces de défense et de sécurité prennent leur week-end, et même les réseaux sociaux peinent à trouver de quoi s’indigner sérieusement. C’est profondément décevant.
Pourtant, tout avait été annoncé avec assurance.
La catastrophe était imminente.
L’Etat devait vaciller.
La société devait imploser.
Mais le pays persiste dans une attitude irresponsable : il continue de fonctionner.
Il fallait donc un responsable. Et comme toujours, le choix est évident, pratique, presque confortable.
Ousmane Sonko.
Tout vient de lui.
Le calme ? Lui.
La stabilité ? Lui encore.
L’absence de drame ? Toujours lui.
Même le silence devient suspect quand il dure trop longtemps. Un pays qui ne s’effondre pas, c’est forcément louche.
Sonko est désormais l’homme à abattre, non pas parce qu’il aurait tout détruit, mais parce qu’il a échoué à tout casser. Gouverner sans vacarme, réformer sans cris, avancer sans théâtralité… quelle faute politique impardonnable.
L’opposition, elle, ne désarme pas. Elle veille. Elle alerte. Elle prophétise. Chaque jour, la crise est annoncée pour demain. Et chaque lendemain, le Sénégal a l’outrecuidance d’être encore debout. A ce rythme-là, on va finir par croire que la peur ne fait plus recette.
Le plus cruel dans cette histoire, ce n’est même pas Sonko.
C’est cette sensation persistante qu’il évolue sur une autre planète politique, pendant que d’autres continuent de livrer bataille contre des ennemis imaginaires, des foules invisibles et des crises fantômes.
En attendant le grand effondrement promis, tweeté, re-tweeté et commenté, le pays poursuit sa route, tranquillement, presque avec insolence.
Et pour certains, ce calme-là est la plus grave des provocations.