Par Mamadou Sèye
Il y a des jours où l’actualité cogne plus fort que d’habitude. La mort d’un étudiant à l’université appartient à ces moments qui suspendent le bruit ordinaire, imposent le silence et obligent chacun à regarder la réalité en face. Une famille pleure. Des camarades sont sous le choc. Une communauté entière vacille. Plus jamais ça ne peut pas être une formule de circonstance ; cela doit devenir une exigence collective.
L’université est un sanctuaire du savoir, un lieu de débat, de confrontation d’idées parfois vives, mais jamais un espace où la vie humaine peut être fauchée. Lorsque la violence franchit les grilles du campus, c’est toute la société qui échoue. Elle échoue à protéger sa jeunesse, à offrir des mécanismes de régulation, à prévenir l’escalade, à entendre les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent tragiques.
L’émoi est immense parce que chacun comprend que derrière ce drame se cache une fragilité plus large. Les tensions accumulées, les frustrations, la radicalité de certains comportements, la banalisation de l’affrontement finissent toujours par produire l’irréparable. On peut chercher des responsabilités individuelles – et la justice devra faire son travail avec rigueur – mais cela ne suffira pas. Il faut aussi interroger le climat qui rend possible de telles extrémités.
Les universités sénégalaises ont longtemps été des foyers d’engagement, de bouillonnement intellectuel, de luttes parfois dures mais porteuses d’avenir. Elles ne doivent pas devenir des terrains où la peur s’installe, où l’on se rend en cours avec l’angoisse de ne pas rentrer chez soi. La mission première reste d’apprendre, de chercher, de préparer le futur, pas de survivre au présent.
Dans ces heures lourdes, la retenue est indispensable. Les rumeurs, les récupérations, les emballements peuvent ajouter de la douleur à la douleur. Le temps du deuil doit être respecté. Le temps judiciaire viendra. Mais dès maintenant, une certitude s’impose : la protection de la vie étudiante doit être élevée au rang de priorité absolue.
Cela suppose des autorités universitaires vigilantes, un dialogue permanent avec les étudiants, des forces de sécurité formées à intervenir avec discernement, et surtout une responsabilité partagée. Chacun, à son niveau, doit refuser la logique de la haine et de la surenchère. Aucune revendication, aussi légitime soit-elle, ne vaut le prix d’une vie.
Ce drame laissera une trace. Il rappellera brutalement que la jeunesse est notre bien le plus précieux et qu’elle mérite mieux que des larmes et des promesses répétées. Transformer l’émotion en décisions, la tristesse en réformes, la colère en sursaut civique : voilà le seul hommage utile.
Parce qu’au bout du compte, une Nation qui voit tomber ses étudiants dans l’enceinte du savoir doit se lever d’une seule voix et dire, avec gravité et détermination : plus jamais ça.