Par Mamadou Sèye
Il arrive que la diplomatie, sous ses dehors feutrés, produise des scènes d’une limpidité implacable. Le Président Bassirou Diomaye Faye a choisi de se faire représenter au sommet par son Premier ministre Ousmane Sonko. Décision institutionnelle, dira-t-on. Certes. Mais dans le climat actuel, au moment où se murmure la possibilité de voir Macky Sall briguer le secrétariat général de l’Organisation des Nations unies, ce choix ressemble furieusement à un message.
Car enfin, la règle non écrite des grandes compétitions internationales est connue : la première campagne se mène à domicile. Avant de convaincre le monde, il faut convaincre son pays. Avant les alliances lointaines, il y a le port d’attache. Et sur ce terrain précis, les évidences ne sautent pas aux yeux.
Le limogeage de Bougar Diouf par la coordonnatrice de la « coalition Diomaye Président », pour avoir affiché son soutien à Macky Sall, n’est pas une anecdote. C’est un thermomètre. Il indique la température politique réelle, celle qui prévaut derrière les formules protocolaires. On peut toujours plaider la liberté d’opinion ; il n’empêche, l’acte posé trace une frontière nette.
Puis il y a la figure même du représentant choisi pour le sommet. Ousmane Sonko ne sera pas un figurant dans les couloirs. Il en sera, qu’on le veuille ou non, l’une des attractions majeures. Son histoire politique, marquée par une confrontation longue et rugueuse avec l’ancien régime, fait qu’il lui serait pratiquement impossible d’endosser les habits du parrain diplomatique d’une candidature de Macky Sall. La cohérence politique, parfois, ferme des portes que la courtoisie aurait laissé entrouvertes.
Et l’on voit mal comment le Premier ministre pourrait s’écarter de la ligne du chef de l’Etat. Les deux têtes de l’exécutif ont bâti leur légitimité sur une promesse de rupture, sur une lecture critique de la période précédente, sur un engagement à gouverner autrement. Mandater Sonko, c’est mandater cette mémoire.
A ces paramètres internes s’ajoutent des éléments externes qui, dans une campagne pour la direction des Nations unies, pèseraient lourd dans la balance. Les débats sur la dette dite cachée ont laissé des traces dans les milieux financiers et institutionnels. Les épisodes de violences politiques entre 2021 et 2024, abondamment commentés par les organisations internationales et les chancelleries, font partie du dossier tel qu’il serait examiné, discuté, scruté.
Une candidature au secrétariat général ne se juge pas seulement sur un CV ou sur l’habileté des réseaux. Elle se mesure aussi à la capacité à incarner un consensus, à rassembler au-delà des frontières, à présenter un récit suffisamment apaisé pour ne pas réveiller, à chaque étape, les controverses du passé.
Et comme si cela ne suffisait pas, plane la question du principe de rotation géographique, régulièrement invoqué dans les discussions onusiennes. Beaucoup estiment que le tour devrait revenir à l’Amérique latine. Ce simple argument, à lui seul, peut refroidir des enthousiasmes pourtant sincères.
Dès lors, que resterait-il ? Le soutien de quelques capitales africaines, peut-être. Des amitiés, sans doute. Mais sans l’élan clair du pays d’origine, sans unité nationale affichée, sans alignement évident de l’exécutif en place, la marche paraît escarpée.
Voilà pourquoi le sommet de l’Union africaine vaudra test. Non pas tant pour mesurer les applaudissements que pour décrypter les silences, les prudences, les gestes minuscules qui, mis bout à bout, finissent par raconter une histoire plus solide que les déclarations officielles.
En diplomatie, il existe mille façons de dire non. Parfois, il suffit de ne pas dire oui.