Addis-Abeba, la révélation d’une dimension

Par Mamadou Sèye

Dans les grands rendez-vous continentaux, les vérités se dévoilent sans fard. A l’Union Africaine, la politique cesse d’être une rumeur pour devenir une mesure du poids réel des Etats et de ceux qui les incarnent. Et la séquence en cours à Addis-Abeba offre, pour le Sénégal, une photographie parlante.

Il ne s’agit plus de débats de plateaux ni de querelles de réseaux sociaux. Il est question d’agendas fermés, de couloirs où se décident des coopérations, de têtes-à-têtes qui engagent l’avenir. Dans cet environnement exigeant, le Premier ministre Ousmane Sonko s’est retrouvé au centre d’une activité diplomatique soutenue, multipliant les audiences avec des interlocuteurs de premier plan.

Parmi eux, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni ou encore le Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans ce type d’arène, être sollicité signifie exister. Les emplois du temps sont trop contraints pour la courtoisie gratuite.

Il faut mesurer ce que raconte cette image. Depuis des mois, certains prophétisaient l’isolement, la méfiance internationale, les portes qui se ferment. Addis-Abeba montre au contraire un dirigeant approché, écouté, inscrit dans des échanges qui dépassent largement les frontières nationales. La diplomatie est d’abord une question de reconnaissance, et celle-ci se lit dans la densité des rencontres.

Dès lors, la comparaison avec les oppositions devient inévitable. Pendant que l’un évolue dans la mécanique concrète des relations entre Etats, d’autres continuent de mener des batailles de perception. Le contraste n’a même plus besoin d’être commenté ; il saute aux yeux. Différence de scène, différence d’enjeux, différence de dimension.

On comprend, dans ces conditions, qu’un responsable engagé à ce niveau puisse adopter une forme de hauteur face aux attaques routinières. Non par posture, mais parce que l’échelle change. Quand la journée est rythmée par des discussions stratégiques continentales, les polémiques répétitives paraissent soudain bien petites.

Il serait toutefois naïf de croire que la visibilité internationale vaut quitus automatique sur le terrain intérieur. Les attentes nationales demeurent, la demande sociale reste pressante, et la crédibilité extérieure devra se traduire en résultats palpables pour les populations. La photo ouvre une porte ; elle n’achève rien.

Reste que ce moment marque une étape politique claire. Le pouvoir sénégalais montre qu’il entend compter dans le jeu africain, qu’il veut parler, négocier, tisser des réseaux. Et dans le théâtre exigeant des sommets, cette capacité à attirer et à dialoguer vaut déjà indication de rang.

A Addis-Abeba, au milieu du ballet diplomatique, une idée s’impose alors : entre l’exercice effectif du pouvoir et l’agitation périphérique, il n’y a pas seulement une rivalité. Il y a désormais une échelle qui les sépare.

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