Le Sénégal ne mendie pas le respect

Par Mamadou Sèye

Il y a des moments où la retenue devient une faiblesse. Où la diplomatie feutrée ressemble à une abdication. Ce moment est arrivé.

Au Maroc, des supporters sénégalais sont condamnés à six mois et un an de prison ferme. Leur faute ? Avoir soutenu leur équipe. Avoir chanté. Avoir vibré. Avoir cru que le football restait du football.

Ces peines sont disproportionnées. Inédites. Excessives.

Dans l’univers du sport, les sanctions existent : interdictions de stade, amendes, expulsions administratives. Voilà les réponses classiques aux débordements. La prison ferme pour des supporters étrangers relève d’un choix politique, pas d’une simple application routinière du droit.

Et ce choix interroge.

Car le Maroc n’est pas un pays lointain. C’est un partenaire stratégique du Sénégal. Les intérêts marocains prospèrent à Dakar : banques, assurances, télécommunications, immobilier. La coopération est dense. Les échanges sont constants. L’amitié est proclamée.

Mais l’amitié se mesure dans l’épreuve.

Or aujourd’hui, nos citoyens sont derrière les barreaux. Certains auraient été empêchés de parler leur langue. Les familles s’inquiètent. L’opinion s’indigne. Et la réponse diplomatique reste trop discrète.

Le Sénégal ne peut pas se contenter de communiqués.

La diplomatie, ce n’est pas seulement discuter à distance. C’est agir. C’est se déplacer. C’est négocier fermement. Notre ministre des Affaires étrangères devrait être sur place. Un avion devrait être mobilisé pour ramener nos compatriotes. La négociation, c’est aussi cela : montrer que l’Etat protège les siens, concrètement.

Ajoutons un élément que personne n’ose dire clairement : le Maroc avait tout préparé pour remporter sa CAN à domicile. Organisation, mobilisation, communication. Tout était calibré. Sauf un détail : le Sénégal est venu gagner.

Nos joueurs ont brisé un scénario écrit d’avance. Nos supporters ont accompagné cette victoire. Et aujourd’hui, ce sont eux qui paient le prix d’un succès sportif.

Le Sénégal doit rester digne. Mais il doit être ferme.

Dans ce contexte, il est peut-être temps de redynamiser nos relations avec l’Algérie. Non pas dans une logique de confrontation, mais dans une logique d’équilibre. La diplomatie sénégalaise ne peut être exclusive. Elle doit être plurielle. Stratégiquement ouverte. Librement orientée.

Un pays respecté est un pays dont les partenaires savent qu’il a des alternatives.

Le Sénégal n’est l’otage d’aucun axe.
Il n’est dépendant d’aucun partenaire.
Il ne quémande aucune considération.

Il exige le respect.

Et le respect commence par une chose simple :
nos citoyens rentrent.

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