Par Mamadou Sèye
Il est des prises de parole qui réhabilitent l’intelligence dans l’espace public. Le passage de Momar Talla Guèye, directeur général de l’Institut de Technologie Alimentaire, hier sur la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise en est une éclatante illustration. Ici, point de slogans, encore moins de posture. Mais une démonstration rigoureuse, portée par un sachant qui maîtrise son sujet et en restitue les enjeux avec clarté et hauteur.
Ce qui s’est joué à l’écran dépasse la simple présentation institutionnelle. C’est une véritable leçon de stratégie nationale. Car l’ITA, dans sa conception et dans son action, se situe au cœur d’un défi majeur : sortir le Sénégal du piège de l’exportation brute pour l’inscrire durablement dans la logique de la transformation agroalimentaire.
Et sur ce point, Momar Talla Guèye a été limpide : la bataille du développement se gagne dans la capacité à transformer localement. Transformer, c’est créer de la valeur. Transformer, c’est sécuriser les revenus des producteurs. Transformer, c’est surtout rompre avec une économie d’extraversion qui nous maintient dans une dépendance structurelle.
Sous son magistère, l’ITA apparaît comme bien plus qu’un centre de recherche. C’est un outil stratégique de souveraineté, un catalyseur qui relie la science aux réalités économiques. Conservation des produits locaux, innovation technologique, accompagnement des PME, appui aux groupements : toute une chaîne de valeur est pensée, structurée et impulsée.
Dans un contexte marqué par l’urgence alimentaire et les recompositions géoéconomiques, cette orientation est décisive. La transformation agroalimentaire devient alors le point de bascule entre vulnérabilité et puissance. Elle permet de réduire les pertes, d’industrialiser progressivement l’agriculture et de positionner le Sénégal sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
Mais la démonstration de Momar Talla Guèye pose, en creux, une question politique fondamentale : l’Etat est-il prêt à faire de l’ITA un pilier central de sa stratégie de développement ? Car une telle expertise, si elle n’est pas soutenue à la hauteur de ses ambitions, risque de rester sous-exploitée.
Ce qui s’est donné à voir sur la RTS, ce n’est donc pas seulement la parole d’un directeur. C’est l’expression d’une vision, celle d’un Sénégal qui comprend enfin que son avenir ne réside pas uniquement dans ce qu’il produit, mais dans ce qu’il transforme.
Et à travers la voix de Momar Talla Guèye, c’est une vérité simple et puissante qui s’impose : la souveraineté alimentaire commence là où s’arrête l’exportation brute.
Pr Momar Talla nous a encore révélé l’ITA avec ses découvertes, ses recettes, son potentiel d’assistance technique (incubation), enfin sa place centrale dans la souveraineté nationale.
Merci Professeur, ton ministre de tutelle est totalement en phase avec vous.
Oui! Oui! Oui! Plus que soutenir l’Ita, le mettre au cœur des politiques publiques de souveraineté alimentaire, d’industrialisation et de territorialisation est une voie indiquée pour accélérer le rattrape de développement économique et social du Sénégal.
L’Ita a la particularité et la singularité de faire de « recherche pilotée par la demande » . Cela veut dire clairement que tout résultat de recherche de l’Ita est une réponse à un besoin de l’Etat, des industriels, des producteurs, des groupements de femmes et de jeunes, et des ménages, entre autres.
L’exposé du brillant directeur de l’ITA ne doit pas passer inaperçu.
C’est le secteur le plus stratégique de nos perspectives de développement.
Les moyens doivent être renforcés dans son domaine.
L’économie véritable repose sur le triptyque Production – Transformation – Distribution.