Par Mamadou Sèye
L’accession des nouvelles autorités au sommet de l’Etat a suscité un immense espoir. Un espoir forgé dans les luttes, les sacrifices et la promesse solennelle de rompre avec des pratiques qui ont longtemps entravé le développement du pays. Cet espoir mérite aujourd’hui d’être protégé. Et le protéger exige parfois du courage : celui de regarder certaines réalités en face.
Il existe, çà et là, des mauvais castings dans des nominations à la tête de directions générales stratégiques. Le dire n’est ni une attaque contre le pouvoir, ni une remise en cause du projet porté par les nouvelles autorités. C’est un constat. Et ce qui est profondément contre-productif, c’est de voir certains responsables se prévaloir essentiellement de leur compagnonnage avec le pouvoir actuel, et avec PASTEF en particulier au moment des luttes, comme unique légitimité pour diriger.
Les autorités, accaparées par les urgences multiples liées à la relance du pays, n’ont pas toujours des remontées précises sur ce qui se passe à la base. C’est dans ces angles morts que prospèrent des comportements qui torpillent objectivement l’action publique : carences manifestes déguisées en persécution de travailleurs honnêtes, climat de peur dans les services, trafic d’influence, gabegie, gestion peu orthodoxe, parfois arrogante, souvent inefficace.
Le plus préoccupant, c’est que ces dérives se drapent dans un discours militant. Toute critique devient suspecte, toute alerte est assimilée à une cabale, toute résistance interne est disqualifiée comme une hostilité au projet. Cette confusion est dangereuse. Elle installe l’idée pernicieuse que la proximité politique vaut immunité administrative.
Pourtant, Ousmane Sonko n’a jamais varié sur ce point : personne ne sera protégé. Ni par son nom, ni par son passé militant, ni par sa proximité réelle ou supposée avec le pouvoir. La calomnie et les accusations gratuites ne feront pas florès. Mais l’incompétence maquillée, les abus de pouvoir et la gestion défaillante ne sauraient davantage être tolérés.
Dans cette séquence, notre rôle est clair. Nous ne sommes ni des courtisans, ni des procureurs. Nous sommes des vigies. Une vigie n’empêche pas le navire d’avancer ; elle l’empêche de s’échouer. Notre responsabilité est d’observer, de recouper, de vérifier, de distinguer la rumeur du fait établi. De refuser aussi bien la complaisance que l’acharnement.
Nous n’avons ni ambition de substitution ni agenda caché. Nous ne gouvernons pas. Mais nous refusons de renoncer à notre devoir citoyen au motif que « ce sont les nôtres ». Le projet porté par les nouvelles autorités est trop important pour être affaibli par des comportements individuels qui le contredisent à la base.
Lorsque, après des travaux sérieux de recoupement, des faits mériteront d’être portés à la connaissance de l’opinion et des autorités, nous le ferons. Sans tapage. Sans règlements de comptes. Ce n’est pas de la délation. C’est une alerte républicaine. Et un pouvoir qui aspire à la rupture ne peut craindre la vérité.
Dans ce pays, nous revenons de très loin. Trop loin pour laisser prospérer à nouveau des pratiques que le peuple a clairement rejetées. Aider le pouvoir aujourd’hui, ce n’est pas l’encenser aveuglément. C’est lui éviter des angles morts. C’est refuser que des échecs individuels, couverts par un discours de loyauté politique, viennent discréditer une ambition collective.
Le changement ne se proclame pas, il se pratique. A tous les niveaux. Et ceux qui, par incompétence ou par dérive, fragilisent ce changement doivent le savoir : le temps de l’impunité militante est révolu. Le projet est plus grand que les hommes. Et il mérite mieux que le silence.