Après la CAN, l’Afrique d’abord : Ousmane Sonko, le Maroc et l’épreuve de la maturité continentale

Par Mamadou Sèye

Les cris se sont dissipés. Les drapeaux ont été rangés. Les émotions, comme toujours après les grands rendez-vous sportifs, ont laissé place au temps long. Le Premier ministre Ousmane Sonko est attendu au Maroc, dans un contexte encore chargé des échos de la CAN. Et soudain, le geste dépasse la simple relation entre deux Etats. Il interroge l’Afrique elle-même.

Car la CAN n’est jamais qu’un tournoi. Elle est un miroir du continent. Un miroir de ses ferveurs, de ses fiertés, mais aussi de ses fragilités. Ce qui s’est joué dans les tribunes et sur les réseaux sociaux n’était pas seulement sénégalo-marocain : c’était africain. Une Afrique passionnée, vibrante, parfois excessive, souvent prompte à confondre rivalité sportive et affrontement identitaire.

Dans ce contexte, aller à Rabat n’est pas un geste de circonstance, c’est un acte de responsabilité continentale.

Le panafricanisme réel ne se proclame pas dans les moments de confort. Il se vérifie dans les moments de tension. Il consiste à rappeler que les Etats africains ne peuvent pas se permettre le luxe de la brouille permanente, du ressentiment entretenu, de la dramaturgie inutile. L’Afrique est trop exposée, trop observée, trop convoitée pour se fragmenter au gré des émotions populaires.

La relation entre le Sénégal et le Maroc s’inscrit d’ailleurs dans une géographie politique plus large. Elle touche à la coopération Sud–Sud, aux équilibres régionaux, à la circulation des personnes, des capitaux et des idées africaines. Elle concerne l’Ouest comme le Nord du continent. Elle participe d’une vision où l’Afrique cesse d’être un archipel de susceptibilités pour devenir un espace de dialogue stratégique.

En maintenant cette visite, Ousmane Sonko envoie un message qui dépasse Dakar et Rabat : l’Afrique ne peut pas être gouvernée à l’émotion. Elle doit être gouvernée à la hauteur de ses défis. Le sport mobilise, la politique structure. Le football enflamme, la diplomatie refroidit. Et sans ce refroidissement volontaire, le continent s’épuise dans des querelles secondaires pendant que l’essentiel lui échappe.

Il y a là une leçon fondamentale. Le panafricanisme n’est pas l’uniformité, encore moins l’alignement automatique. Il est la capacité à gérer les différends sans rupture, à absorber les tensions sans humiliation, à privilégier l’avenir commun sur les satisfactions immédiates. C’est exactement ce que commande ce déplacement.

A ceux qui voudraient lire ce voyage comme une concession, la réponse est simple : dialoguer n’a jamais été céder. A ceux qui confondent fermeté et rigidité, il faut rappeler que les Nations mûres savent parler même quand les peuples sont encore à fleur de peau. C’est cela, gouverner pour le long terme.

Après la CAN, l’Afrique a besoin de dirigeants qui recousent plutôt que d’exciter, qui expliquent plutôt que d’enflammer, qui inscrivent chaque geste national dans une cohérence continentale. En allant au Maroc à ce moment précis, Ousmane Sonko rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’Afrique ne se construira ni contre elle-même, ni dans la réaction, mais dans la maîtrise de ses passions.

Et c’est peut-être là, bien au-delà du football, le vrai match que le continent doit apprendre à gagner.


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