Bassirou Kébé : Un limogeage qui dépasse le cadre administratif

Par Mamadou Sèye

Le Conseil des ministres de ce 18 février 2026 a mis fin aux fonctions de Bassirou Kébé à la tête de la Société nationale des Habitations à Loyer modéré (SN HLM). Sur le papier, il s’agit d’une décision administrative classique : un directeur général est nommé, puis remplacé. L’Etat exerce ses prérogatives. Point.

Mais dans la réalité politique sénégalaise, cette décision ne peut être lue de manière neutre.

Bassirou Kébé n’est pas un technocrate anonyme. Il s’est toujours distingué par une liberté de ton assumée, y compris dans des contextes institutionnels. Militant identifié de PASTEF, il est également réputé pour sa proximité politique avec Ousmane Sonko. Cette double dimension – militant engagé et responsable d’une entreprise publique stratégique – donne à son limogeage une portée qui dépasse le simple cadre administratif.

Sur les réseaux sociaux, la réaction ne s’est pas fait attendre. Pour une partie de la base militante, ce départ n’est pas perçu comme un ajustement technique, mais comme un signal. Certains y voient une sanction indirecte liée à son franc-parler. D’autres s’interrogent sur le message envoyé à ceux qui, au sein du système, conservent une expression politique marquée.

Car Bassirou Kébé n’a jamais cultivé le profil du gestionnaire effacé. Il a souvent assumé des positions claires, parfois tranchées, dans le débat public. Cette liberté, qui faisait sa force auprès des militants, pouvait aussi constituer une ligne de tension dans l’exercice d’une fonction exigeant réserve et discipline institutionnelle.

C’est là que réside le cœur du débat.

Dans un Etat en phase de consolidation, la frontière entre engagement partisan et responsabilité administrative est scrutée avec attention. Peut-on rester une voix militante forte tout en dirigeant une entreprise publique stratégique ? Où commence l’exigence de neutralité institutionnelle ? Où s’arrête la légitimité de l’expression politique ?

Le tollé observé sur les réseaux traduit moins une contestation juridique qu’une réaction émotionnelle. Pour beaucoup, Bassirou Kébé symbolisait une continuité militante au sein de l’appareil d’Etat. Son départ est donc vécu comme une rupture, voire comme un rééquilibrage interne dont les contours restent flous.

Pour autant, il convient de rappeler un principe fondamental : les directeurs généraux sont révocables. La gestion des entreprises publiques relève de la compétence exclusive de l’exécutif. Aucun poste n’est acquis. La stabilité institutionnelle repose aussi sur cette capacité de nomination et de remplacement.

Reste une question politique plus large : ce limogeage marque-t-il une volonté de recentrage, une exigence de discipline accrue, ou simplement une rotation administrative normale ?

La réponse ne se trouve peut-être pas dans le décret lui-même, mais dans la séquence qui suivra. Si la base militante digère la décision et que le discours officiel reste cohérent, l’épisode s’inscrira dans la routine institutionnelle. Si, au contraire, le débat s’envenime, il deviendra un révélateur des tensions internes entre gouvernance d’Etat et culture militante.

Ce qui est certain, c’est que dans le Sénégal politique actuel, un responsable au profil affirmé, proche du cœur stratégique du pouvoir et doté d’une liberté de ton reconnue, ne quitte jamais ses fonctions dans l’indifférence.

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