Par Mamadou Sèye
En politique, il y a des règles non écrites que tout responsable public devrait connaître. Parmi elles : la tenue dans les propos et la retenue dans les circonstances. A l’occasion de l’assemblée générale de la coalition Diomaye, le ministre Abdourahmane Diouf a semblé oublier ces principes élémentaires. Rien de tragique, bien sûr. Mais suffisamment pour justifier… un petit cours dominical. (Rires)
La politique sénégalaise a ses codes. Certains sont juridiques, d’autres institutionnels. Et puis il y a les plus importants : les codes de comportement.
Car lorsqu’on devient ministre de la République, on n’acquiert pas seulement un bureau, une voiture officielle et quelques gardes du corps. On hérite aussi d’une obligation implicite : mesurer ses paroles.
Lors de l’assemblée générale de la coalition Diomaye, le ministre Abdourahmane Diouf s’est livré à une attaque allusive contre le Premier ministre Ousmane Sonko, devant le président Bassirou Diomaye Faye.
La scène a quelque chose de gênant.
D’abord pour une raison simple : Ousmane Sonko reste le Premier ministre du gouvernement auquel appartient Abdourahmane Diouf. Dans toute architecture institutionnelle normale, cela devrait inviter à un minimum de prudence verbale.
Ensuite pour une autre raison, plus politique celle-là.
Contrairement à certains acteurs majeurs de la majorité actuelle, Abdourahmane Diouf ne provient pas de la matrice politique qui a porté l’alternance. Il n’appartient pas à PASTEF, le parti qui a structuré pendant des années l’opposition et qui a construit la dynamique électorale ayant conduit au pouvoir.
Il dirige son propre parti. C’est parfaitement légitime dans une démocratie.
Mais il y a une petite réalité arithmétique qui mérite d’être rappelée, sans méchanceté aucune : ce parti n’a jamais obtenu de siège de député.
Et l’histoire électorale personnelle du ministre est tout aussi modeste : il n’a jamais remporté un bureau de vote dans sa propre ville de Rufisque.
Ce qui signifie qu’aujourd’hui, soyons honnêtes, son principal capital politique repose essentiellement sur le parapluie présidentiel.
Or, dans la tradition politique sénégalaise, on évite généralement de s’attaquer aux piliers d’un édifice lorsqu’on est soi-même abrité par son toit. (Rires)
C’est là que la notion de retenue prend tout son sens.
La retenue consiste à comprendre que certains combats ne sont pas les siens. Que certaines rivalités ne sont pas les siennes. Et surtout que certaines situations exigent davantage de prudence que d’audace verbale.
Car l’opportunisme est une chose très visible en politique. Même lorsqu’il est enveloppé dans des phrases élégantes.
Les militants, eux, ont une mémoire très précise. Ils savent qui a combattu, qui a résisté, qui a mobilisé… et qui est arrivé plus tard sous les lambris du pouvoir.
C’est pour cela que, dans les vieux manuels non écrits de la politique, on trouve cette règle simple :
Lorsqu’on est ministre grâce à un équilibre politique fragile, la meilleure stratégie reste souvent la discrétion.
Et la discrétion, elle aussi, fait partie de la tenue républicaine.
Au fond, ce petit épisode mérite surtout d’être pris avec un sourire.
Parce qu’il rappelle une vérité vieille comme la politique elle-même :
quand on marche sous un parapluie présidentiel, il vaut mieux éviter de secouer la poignée. (Rires)