Par Mamadou Sèye
Le mois béni de Ramadan arrive dans sa dernière ligne droite. Et à voir les visages dans les rues, les bureaux et les transports, le diagnostic est clair : les batteries sont presque à plat.
Les réveils à l’aube , les longues journées sans eau ni nourriture, les nuits écourtées par les prières et les discussions familiales… les organismes commencent sérieusement à tirer la langue.
Dans certains bureaux, la scène est devenue presque classique.
Il est midi passé. Les dossiers sont ouverts, les ordinateurs allumés… mais les regards, eux, semblent flotter dans une autre dimension. On travaille, bien sûr, mais avec cette lenteur majestueuse que seul le Ramadan sait imposer.
Dans les taxis et les bus, c’est à peu près la même ambiance. Les conversations sont plus calmes, les gestes plus mesurés. Chacun économise son énergie comme un téléphone dont la batterie clignote désespérément à 5 %.
Et puis il y a les marchés et les gargotes, qui commencent à sentir l’approche de l’heure sacrée de la rupture. Là, soudain, les regards s’animent. Les marmites frémissent, les plateaux se remplissent, et l’imagination des jeûneurs s’emballe déjà devant les mets du soir.
Mais au milieu de cette grande discipline collective, une catégorie bien connue circule discrètement : les faux jeûneurs.
Ceux qui affichent une mine pieuse toute la journée, mais que certains collègues soupçonnent d’avoir mystérieusement disparu derrière un coin de rue vers 14 heures. Ceux qui parlent avec éloquence des vertus du jeûne… tout en ayant une connaissance suspecte des petites gargotes discrètes ouvertes l’après-midi. Rires.
Bien sûr, tout cela se raconte avec humour. Car le Ramadan n’est pas seulement un temps d’effort spirituel. C’est aussi une période où la société tout entière ralentit, respire autrement et se retrouve autour de valeurs communes.
Et puis, il faut le dire : la ligne d’arrivée n’est plus très loin.
Encore quelques jours de patience et la fête de Eid al-Fitr viendra mettre fin à la diète collective. Les tables seront généreuses, les visites familiales nombreuses, et les organismes retrouveront leur rythme habituel.
En attendant, chacun avance comme il peut :
les plus courageux redoublent de ferveur,
les fatigués regardent la montre,
et les faux jeûneurs… espèrent simplement ne pas être pris en flagrant délit.
C’est aussi cela, le charme très humain de la dernière ligne droite du Ramadan.