Dette présumée de 650 millions d’euros : quand le FDR confond bruit politique et réalité financière

Par Mamadou Sèye

Il y a des indignations qui éclairent. Et d’autres qui trahissent. Celle du Front pour la Défense de la Démocratie et de la République (FDR) sur une supposée « dette cachée » de 650 millions d’euros appartient clairement à la seconde catégorie.

Car pendant que certains s’agitent, un fait demeure, massif, têtu, incontestable : le Sénégal a honoré ses engagements au mois de mars. Le Sénégal n’est pas en défaut. Le Sénégal est debout.

Tout le reste n’est que littérature.

Dans un contexte international tendu, marqué par un accès difficile aux marchés financiers et une pression accrue sur les finances publiques, l’Etat sénégalais s’est retrouvé face à une alternative brutale : payer ou subir. Il a choisi de payer. Et pour cela, il a mobilisé des instruments financiers adaptés à une situation exceptionnelle.

Les fameux Total Return Swaps (TRS), aujourd’hui présentés comme une découverte inquiétante, relèvent pourtant de l’arsenal classique des montages utilisés en période de contrainte. Ce ne sont ni des pratiques clandestines, ni des inventions exotiques, mais des outils techniques permettant de gagner du temps, préserver la liquidité et éviter le pire.

Le pire, justement, parlons-en.

Un défaut de paiement, ce n’est pas une abstraction pour économistes. C’est une onde de choc : perte de crédibilité, fermeture des marchés, explosion du coût de l’endettement, défiance généralisée des partenaires, et, au bout de la chaîne, des conséquences sociales très concrètes. En évitant ce scénario, le gouvernement n’a pas simplement « bricolé » une solution financière — il a protégé la stabilité du pays.

Dès lors, la grille de lecture du FDR pose problème. Elle consiste à isoler l’outil pour en faire un scandale, tout en évacuant soigneusement le résultat. Or en matière de gestion de crise, le résultat n’est pas un détail : c’est le critère central.

Oui, la transparence est une exigence légitime. Oui, la publication des termes financiers peut nourrir le débat public. Mais encore faut-il que cette exigence ne serve pas de paravent à une réalité plus inconfortable : celle d’un pouvoir qui, confronté à l’épreuve du réel, a tenu la barre.

Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas l’existence de ces mécanismes. C’est leur efficacité.

Car il est toujours plus simple de dénoncer une « dette cachée » que d’assumer une vérité plus complexe : dans certaines circonstances, gouverner, c’est choisir entre de mauvaises options — et retenir la moins dangereuse.

Le reste relève du procès d’intention.

Et à force de crier au scandale là où il y a gestion de crise, on finit par exposer non pas les failles de l’Etat… mais les limites de sa propre grille d’analyse.


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