Deux épouses au sommet : l’honneur de nos traditions, la rigueur de notre République

Par Mamadou Sèye

La polygamie assumée par nos dirigeants ne choque pas les Sénégalais. Elle s’inscrit dans notre culture et notre religion. Mais ce que le peuple n’acceptera plus, c’est que les affaires d’Etat soient brouillées par une présence envahissante dans l’espace public. La République n’est pas un théâtre familial : elle appartient au peuple et doit rester au-dessus des foyers.

Il est des sujets qu’il faut aborder avec franchise. La polygamie au sommet de l’Etat en fait partie. Dans notre pays, la réponse est claire : oui, nos dirigeants peuvent avoir deux épouses. La société sénégalaise, majoritairement musulmane, l’admet depuis toujours. Dans les villages comme dans les villes, c’est une réalité sociale vécue sans honte ni hypocrisie.

Mais ce qui est légitime dans la sphère privée ne l’est pas toujours dans l’espace public. La fonction présidentielle et celle de Premier ministre appartiennent à une dimension qui dépasse l’homme pour se fondre dans l’institution. Et l’institution doit rester souveraine sur son image, sa parole, ses priorités.

L’histoire récente nous a laissé en mémoire la figure de Premières dames occupant une place démesurée, au point de brouiller les frontières entre vie privée et affaires d’Etat. Le peuple sénégalais ne veut plus revivre cette confusion. La gouvernance nationale, la diplomatie, le protocole et les ressources publiques doivent rester exclusivement orientés vers le service du peuple.

La polygamie n’est pas le problème. Le problème serait qu’elle entraîne une « bicéphalie protocolaire » qui affaiblirait l’autorité du Président, brouillerait le message diplomatique ou détournerait l’attention de l’essentiel.

Nos traditions et notre religion admettent deux épouses ; notre République, elle, n’admet qu’une seule Première dame au sens institutionnel. L’institution présidentielle est monolithique, même si le foyer présidentiel est pluriel.

Simone de Beauvoir rappelait que toute femme, même épouse d’un chef d’Etat, est une personne à part entière. Être femme de Président n’est pas un métier. Les muses ont toujours inspiré les hommes d’action, sans se substituer à eux dans la conduite des affaires.

Respectons donc les épouses des dirigeants, saluons leurs engagements sociaux s’il y a lieu, mais refusons tout glissement qui ferait de la République le prolongement d’un salon familial. La présidence et la primature appartiennent au peuple ; les foyers, eux, appartiennent aux couples qui les composent.

C’est là une frontière à préserver : elle protège l’intimité des familles et l’intégrité des institutions. Dans un monde où l’on confond trop facilement notoriété et légitimité, spectacle et action, il est vital que notre culture et notre République marchent côte à côte… sans jamais se marcher l’une sur l’autre.

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