Enfance profanée, société révoltée

Par Mamadou Seye

L’onde de choc ne retombe pas. Au fil des révélations, l’affaire nourrit une indignation profonde qui traverse toutes les couches de la société. Parce qu’au-delà des rumeurs, des postures et des instrumentalisations, ce qui révulse par-dessus tout reste la place qu’auraient occupée des mineurs dans des pratiques et des circuits qui les dépassent.

Il faut le dire avec clarté : l’orientation sexuelle d’adultes consentants appartient au registre de la vie privée. Elle ne peut servir ni de tribunal populaire ni de raccourci commode pour désigner des coupables. Mais dès que surgissent la contrainte, l’exploitation, la circulation d’images impliquant des enfants, la discussion change totalement de nature. On quitte le terrain des opinions pour celui du crime.

C’est précisément cette bascule qui alimente la colère actuelle.

Dans un pays façonné par des repères sociaux et religieux puissants, beaucoup vivent déjà certaines évolutions des mœurs comme des lignes de fracture. Alors, lorsque s’ajoute l’idée que des enfants auraient pu être utilisés, manipulés ou exposés, le sentiment n’est plus seulement celui d’une transgression morale ; il devient celui d’une blessure collective. La communauté a le réflexe de protection, presque instinctif.

A cela vient désormais se greffer un autre élément apparu dans les incriminations : la drogue. Là encore, le mot agit comme un accélérateur d’effroi. Parce qu’il renvoie à la perte de contrôle, à la vulnérabilité accrue, à la possibilité d’entraîner plus facilement des jeunes dans des situations dont ils ne mesurent ni les risques ni les conséquences. Dans l’imaginaire social, stupéfiants et prédation forment un cocktail particulièrement explosif.

Le résultat est une défiance généralisée. Beaucoup redoutent l’existence de réseaux, de protections, de silences. Le simple soupçon de ramifications internationales suffit à installer l’idée d’une machine trop grande pour les victimes, trop organisée pour être accidentelle. Que la justice confirme ou infirme ces perceptions, elles structurent déjà l’émotion publique.

Mais l’exigence doit rester la même pour tous : des faits établis, des responsabilités clairement identifiées, des sanctions à la hauteur. Ni emballement aveugle, ni indulgence coupable.

Car s’il est légitime que les valeurs sociales et religieuses servent de boussole morale à une majorité de citoyens, elles trouvent leur traduction la plus universelle dans un principe simple : un enfant ne se marchande pas, ne s’utilise pas, ne se met pas en scène. Jamais.

C’est ce point précis qui rassemble même ceux qui s’opposent sur presque tout le reste.

L’attente vis-à-vis de la justice est immense. Elle devra dire qui savait, qui a fait, qui a laissé faire. Elle devra surtout montrer que la société est capable de se défendre sans se renier, de punir sans sombrer dans l’amalgame.

Parce qu’au fond, ce que les Sénégalais expriment avec force aujourd’hui, ce n’est pas la peur de la différence.
C’est le refus absolu que l’innocence des enfants puisse devenir un terrain d’expérimentation pour des adultes.

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