par Mamadou Sèye
L’Afrique fait face à un fléau sanitaire d’une ampleur encore trop mal mesurée, mais dont les effets sont dévastateurs : les faux médicaments. Un crime discret, diffus, rarement spectaculaire, mais infiniment meurtrier. Ici, il n’y a ni détonation ni champ de bataille, pourtant les victimes se comptent par milliers, souvent parmi les plus vulnérables.
Ce qui rend ce phénomène particulièrement dangereux, c’est qu’il se cache derrière l’apparence du soin. Le faux médicament emprunte les codes de la médecine, usurpe les emballages, imite les notices, promet la guérison. Mais au lieu de soigner, il affaiblit, aggrave, tue. Il installe une défiance durable envers les systèmes de santé et détruit le lien fragile entre le patient et la médecine moderne.
En Afrique, la circulation des faux médicaments prospère sur plusieurs failles combinées : pauvreté, insuffisance de régulation, porosité des frontières, désinformation des populations et parfois complaisance criminelle de réseaux organisés. Ce marché parallèle n’est pas marginal : il est structuré, internationalisé et d’une rentabilité comparable à celle du trafic de drogue ou d’armes, avec des risques judiciaires souvent moindres pour ses auteurs.
Les conséquences dépassent largement le champ sanitaire. Les faux médicaments sapent les politiques publiques de santé, annulent les efforts de prévention, faussent les statistiques médicales et compromettent la lutte contre des maladies majeures comme le paludisme, la tuberculose, le diabète ou l’hypertension. Un patient qui prend un faux traitement ne guérit pas ; pire, il peut développer des résistances qui rendent ensuite les vrais médicaments inefficaces.
Face à ce fléau, la réponse ne peut être uniquement répressive. Arrêter quelques cargaisons ou interpeller quelques revendeurs ne suffira jamais. Il s’agit d’un combat systémique qui appelle une mobilisation tout aussi globale : Etats, institutions régionales, professionnels de santé, industriels responsables, journalistes, chercheurs et citoyens doivent agir de concert.
L’information joue ici un rôle central. Informer, expliquer, alerter, rendre visibles des mécanismes souvent complexes, c’est déjà sauver des vies. Trop de familles ignorent encore qu’un médicament acheté à bas prix peut être une condamnation différée. Trop de patients confondent accessibilité et sécurité. Trop de décideurs sous-estiment encore l’ampleur réelle du danger.
C’est pourquoi la santé publique ne peut plus être traitée comme un simple sous-dossier de société. Elle est devenue un enjeu politique, économique, sécuritaire et moral. Lutter contre les faux médicaments, c’est défendre le droit fondamental à la vie, mais aussi la souveraineté sanitaire du continent africain.
Le silence autour de ce crime est sa première victoire. Le rompre est une urgence. Car tant que les faux médicaments circuleront librement, ce sont les plus pauvres qui continueront de payer le prix fort, dans l’indifférence générale. Et aucune réforme sanitaire sérieuse ne pourra prétendre réussir sans s’attaquer frontalement à ce poison invisible qui ronge l’Afrique de l’intérieur.
Un combat essentiel et urgent contre un fléau sanitaire silencieux qui ronge l’Afrique de l’intérieur. La lutte contre les faux médicaments est une priorité absolue pour protéger les populations, préserver la confiance dans les systèmes de santé et garantir le droit fondamental à des soins sûrs et efficaces.