Par Mamadou Sèye
Le Conseil d’administration du FMI s’est réuni ce vendredi pour examiner le dossier du Sénégal. Contrairement aux attentes, il n’a pas été question d’un vote immédiat d’un nouveau programme de financement, même si tout indique qu’un programme pourrait être lancé prochainement. Ce délai, qui ressemble à un sursis, est riche de sens et mérite que l’on s’y arrête, car il dit beaucoup des rapports ambigus entre le Sénégal et cette institution, et du rôle des nouvelles autorités dans la gestion d’un héritage économique empoisonné.
Les autorités sénégalaises ont eu raison de jouer la carte de la transparence en révélant l’ampleur de la dette cachée, confirmée par la Cour des comptes et par le FMI lui-même qui, via le cabinet Mazars, avait audité les comptes publics. Cette franchise tranche avec les pratiques du passé où l’on préférait taire les chiffres, maquiller les soldes et présenter aux partenaires internationaux une vitrine trompeuse. Le Président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement n’ont pas choisi la facilité : ils ont décidé de dire la vérité, au risque d’affronter critiques et atermoiements internationaux.
Le FMI, par la voix de sa directrice Kristalina Georgieva, a salué l’engagement des autorités sénégalaises à la transparence et leur volonté de corriger les mauvaises déclarations de la dette publique. Mais derrière les félicitations se cache une exigence constante : certifier les chiffres définitifs avant toute levée de sanctions ou dérogation. Un double discours qui illustre le rôle ambigu de l’institution : féliciter, tout en continuant à tester la solidité du régime.
Le paradoxe est patent : les adversaires du régime, responsables de la dette dissimulée, se réjouissent aujourd’hui des atermoiements du FMI, espérant que l’institution servira de levier contre un pouvoir qui ne fait que gérer leurs propres fautes. Mais les Sénégalais savent que les comptes explosent à cause des pratiques passées, et non de la sincérité du gouvernement actuel.
Dans ce contexte, le Sénégal ne peut pas se contenter d’attendre un geste de Washington. Il doit explorer toutes les voies d’émancipation possibles. Et cette émancipation ne relève pas d’un slogan : elle a déjà commencé. La décision d’émettre des diaspora bonds en est un signe fort. Chaque année, les Sénégalais de l’extérieur transfèrent plusieurs milliards de dollars. Canaliser ces ressources pour financer des projets productifs peut réduire la dépendance vis-à-vis du FMI et transformer la diaspora en partenaire stratégique du développement national.
C’est là que se joue l’avenir : dans la capacité du pays à mobiliser ses propres forces, à valoriser ses ressources, à compter d’abord sur ses enfants de l’intérieur et de l’extérieur. Le FMI est peut-être un passage obligé, mais il ne saurait être un horizon indépassable. Le Sénégal doit apprendre à regarder au-delà du FMI, comme on apprend à marcher sans béquille.
La vérité, c’est que les autorités font face avec courage et lucidité. Elles affrontent un mur de dettes, une défiance internationale et un contexte social exigeant, mais elles n’ont pas choisi la facilité du mensonge. Ce choix du courage est douloureux mais porteur d’avenir. Les marchés eux-mêmes ont commencé à réagir positivement à cette transparence : la confiance revient, les eurobonds sénégalais s’apprécient, et le monde observe que le pays n’est plus victime, mais acteur de son destin.