FMI : le Sénégal entre attente du chèque et quête de souveraineté

Par Mamadou Sèye

La mission du Fonds monétaire international séjourne au Sénégal. Pour beaucoup, cela devrait être un moment d’espérance, un signal fort que les efforts de transparence et de rigueur entrepris par les autorités seront récompensés par un soutien concret. Mais une évidence s’impose : sans le chèque du FMI, tout le reste s’enraye.

Un expert, réagissant aux débats actuels, rappelle une vérité crue : les bilatéraux freinent ou ralentissent tant que le FMI n’a pas donné son feu vert. Dans l’architecture financière mondiale, l’institution de Washington joue le rôle de certificateur. C’est elle qui valide, et les autres suivent. Voilà pourquoi l’absence de décaissement inquiète : tant que le FMI ne paie pas, personne ne paie. On comprend alors pourquoi, à une autre échelle, la Russie donnerait tout l’or du monde pour retrouver l’accès au système SWIFT et au cœur de la finance internationale : car ce sont ces grands circuits de liquidités, dominés par l’Occident, qui dictent les règles du jeu.

Le risque aujourd’hui est réel : un programme sans décaissement. Autrement dit, un accord politique qui ne débloquerait aucun argent frais. Dans un contexte de trésorerie tendue, ce serait un coup d’épée dans l’eau. Pire, l’hypothèse d’un remboursement exigé sur les sommes déjà décaissées n’est pas à écarter. Une telle option plomberait davantage encore les finances publiques.

Mais l’expert trace aussi un horizon désirable : un FMI qui aille au-delà de la comptabilité, et qui injecte des ressources nouvelles dans des secteurs stratégiques. L’industrie, le numérique et l’agriculture sont les trois leviers capables de créer massivement de l’emploi, d’accroître les revenus et de redonner de l’espoir à une jeunesse impatiente comme aux ménages ruraux. A cela s’ajoute une proposition forte : mettre en place un fonds spécial pour les bourses familiales, afin de sécuriser les plus vulnérables et d’atténuer l’impact social de la rigueur budgétaire.

Au fond, ce débat rappelle une nécessité : il faut sortir du fétichisme du FMI. Oui, cette institution détient une clé importante dans le système financier mondial. Oui, son aval conditionne l’attitude des bailleurs. Mais non, elle ne doit pas être perçue comme l’unique horizon. L’histoire retiendra non pas nos lamentations sur la dureté du système, mais notre capacité à inventer d’autres routes.

Le FMI doit entendre que l’Afrique ne demande pas la charité, mais un partenariat utile, capable d’alimenter l’investissement productif et de protéger le tissu social. Et nos autorités doivent comprendre qu’on ne bâtit pas une souveraineté financière en priant indéfiniment pour un chèque qui tarde.

Les risques sont là, les paradoxes aussi. Mais l’essentiel reste à construire : un chemin qui combine transparence, exploration d’autres canaux de financement et volonté ferme de sortir progressivement du giron du FMI.


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