Haro sur la coalition Diomaye : le grand charivari national

Par Mamadou Sèye

Il y a des moments dans la vie politique d’un pays où une seule décision suffit à fissurer le calme apparent et à libérer une onde de choc dans l’opinion. La volonté du Président Bassirou Diomaye Faye de mettre sur pied une coalition politique en dehors de la matrice originelle du PASTEF appartient à cette catégorie. Au-delà des justifications institutionnelles, au-delà même des calculs stratégiques, cette initiative a introduit un grand charivari national, un brouhaha politique, idéologique et émotionnel dont les secousses se font encore sentir.

On peut discuter de tout, mais pas de ce ressenti : une frange importante de la base militante a été déstabilisée. Non pas par l’idée d’une coalition en soi, car le Sénégal a toujours fonctionné sous diverses formules d’alliances, mais par le moment, la méthode, et la symbolique de cette démarche. Les Sénégalais n’attendaient pas un élargissement du champ politique si tôt, alors que le projet de rupture est encore en phase de consolidation. Ils n’attendaient pas non plus une coalition construite à côté du PASTEF, et non autour de lui.

C’est là que le bât blesse. Le parti qui a porté la révolution citoyenne, qui a incarné l’espoir, la résistance et la verticalité morale, se retrouve en périphérie d’un dispositif politique qui semble vouloir exister sans assumer pleinement son arrimage à la force vive du projet : le PASTEF reste la colonne vertébrale, l’âme, la charpente du changement. On ne bâtit pas une cathédrale en affaiblissant ses fondations.

Le trouble vient aussi du retour, réel ou fantasmé, de figures politiques que l’opinion a déjà rangées parmi les revenants de la vieille scène. Le Sénégal n’a pas oublié leurs zigzags, leurs volte-face, leurs naufrages éthiques. Il y a des alliés loyaux, cela ne fait l’objet d’aucun débat. Mais il y en a d’autres, camarade, qui ont tellement hypothéqué leur crédibilité qu’il faut les fuir comme la peste. Le PASTEF n’est pas un hospice de recyclage pour personnages fatigués de leur propre carrière.

Le peuple n’a pas l’obsession de l’exclusion. Il a simplement la mémoire longue. Et ce que cette mémoire dit, c’est que certains visages ne peuvent pas être associés à un projet qui prétend réhabiliter la politique, restaurer la morale publique et remettre le pays debout. On ne greffe pas des branches pourries sur un arbre sain.

Mais le charivari ne s’arrête pas là. Il prend une autre dimension quand on observe la psychologie politique de certains membres de cette nouvelle coalition. Beaucoup d’entre eux nourrissent encore une rancœur tenace envers Ousmane Sonko depuis les élections législatives, lorsqu’il avait décidé d’y aller exclusivement sous la bannière du PASTEF. Cette décision, totalement cohérente au regard de la dynamique militante, avait laissé sur le carreau plusieurs acteurs politiques qui se voyaient déjà indispensables. Leur coalition d’alors ne pesait rien électoralement, et elle ne pèse toujours rien aujourd’hui.

Résultat : leur activité principale ne sera pas de bâtir, ni de convaincre, ni d’élargir la base politique. Non. Leur obsession deviendra de s’en prendre à Ousmane Sonko, celui-là même qu’ils tiennent pour responsable de leur effacement progressif de la scène. Et comme leur poids politique réel est négligeable, ils essaieront de se rendre utiles par le conflit, par la critique, par la provocation.

Ils savent une chose : s’en prendre à Sonko, c’est espérer exister dans l’écosystème médiatique. Mais ils ignorent une autre chose, essentielle : chez PASTEF, Sonko n’est pas un simple leader politique. Il est un symbole. Une figure totémique. Une incarnation. Le rapport qu’entretiennent les jeunes avec lui n’a rien à voir avec le militantisme classique. Il est quasi mystique, affectif, identitaire. Toucher Sonko, c’est toucher toute une génération. Et la réponse, camarade, sera tellurique.

On commence déjà à le voir : les jeunes militants de PASTEF ont décidé d’ignorer Mimi Touré, dont les attaques ont perdu toute force par inflation. Ils ont choisi une autre cible : Diomaye lui-même. Pas par hostilité envers lui, mais pour faire comprendre que le problème vient de ceux qui l’entourent et tentent d’utiliser la coalition pour régler de vieux comptes. Les jeunes ne s’attaquent pas au Président : ils envoient un avertissement. Ils rappellent que la ligne rouge, c’est Sonko. Et que quiconque tente de l’affaiblir affrontera le bouclier populaire.

Une atmosphère délétère est en train de s’installer. Une atmosphère où des frustrations anciennes rejaillissent, où des ambitions mal digérées cherchent à se recomposer, où certains veulent exister en soufflant sur les braises. Et cette atmosphère, camarade, risque de masquer tous les efforts entrepris pour sortir le pays de la situation économique difficile. Le débat sur la coalition absorbe tout. Il neutralise la pédagogie gouvernementale. Il dévie l’attention collective.

Car au fond, le véritable risque n’est pas la coalition. Ce n’est même pas le charivari politique. Le vrai danger, c’est que ce tumulte détourne l’opinion des urgences économiques, des arbitrages budgétaires, des réformes structurelles, et des attentes sociales immenses. Le Sénégal ne peut pas se permettre de perdre six mois dans des querelles de couloir alimentées par des acteurs qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Le plus grave serait de laisser croire que ceux qui composent cette coalition peuvent s’ériger en arbitres du destin politique de Sonko. Le peuple ne le permettra pas. Les militants ne le permettront pas. La jeunesse ne le permettra pas. Et le PASTEF, qui n’est pas né pour mendier sa place dans une architecture politique bricolée, saura reprendre la main si la coalition devient un outil de règlement de comptes.

La vérité reste claire : Diomaye et Sonko appartiennent au PASTEF. C’est à l’intérieur de ce parti que tout doit se décider. Rien, absolument rien, ne justifie que des arbitrages majeurs soient faits en contournant la maison-mère. Le PASTEF n’est pas un appendice. C’est le cœur battant du projet. C’est le filtre moral. C’est la boussole idéologique.

Le charivari actuel n’est pas un échec. C’est une alerte. Un avertissement. Une interpellation du peuple. Il dit simplement : avançons, mais sans brouiller la ligne, sans diluer la rupture, sans laisser les vieux réflexes revenir par effraction. Le reste n’est que bruit. Et le bruit, camarade, ne gouverne jamais un pays.

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