Homosexualité, souveraineté et courage politique

Par Mamadou Sèye

Le débat est désormais posé sans détour : la question de l’homosexualité revient au cœur de l’actualité nationale, et avec elle une onde médiatique internationale dont l’intensité interroge. Ce qui se joue dépasse largement un simple projet de loi. Il s’agit d’un moment politique où se croisent valeurs sociétales, souveraineté normative et rapports de force symboliques.

Ousmane Sonko a choisi d’aborder frontalement un sujet que beaucoup auraient préféré éviter. Dans un contexte économique exigeant, certains estiment qu’il faudrait se concentrer exclusivement sur les indicateurs budgétaires. Mais gouverner ne consiste pas à compartimenter artificiellement les priorités. Une Nation vit d’économie, certes, mais aussi de repères culturels et moraux. Prétendre que l’un exclut l’autre est une lecture réductrice du politique.

Ceux qui observent honnêtement la trajectoire de Sonko savent qu’il ne s’agit ni d’une improvisation ni d’une surenchère. Lors de la visite de Jean-Luc Mélenchon à Dakar, il avait employé un terme mesuré (tolérance ) pour qualifier la situation, ce qui lui avait valu des critiques internes virulentes. Il s’est indigné de la divulgation publique du statut sérologique de certaines personnes, rappelant que la dignité humaine ne saurait être piétinée, quelles que soient les convictions morales en présence. Cette constance révèle une ligne : fermeté sur le cadre légal, refus de l’humiliation et du lynchage.

Les événements récents ayant choqué l’opinion – notamment des accusations de comportements irresponsables mettant délibérément en danger la santé d’autrui – ont amplifié l’émotion collective. Mais un Etat sérieux ne légifère pas sous l’effet de la colère. Il distingue l’infraction individuelle, qui relève du pénal, du débat sociétal plus large. C’est précisément là que se situe la lucidité : protéger la société sans céder à l’amalgame.

Ce qui surprend davantage, c’est la tonalité de certaines analyses venues principalement de France. Les formules liant crise économique et débat sur l’homosexualité laissent entendre qu’un pays en difficulté devrait suspendre toute réflexion sur ses valeurs. Or les Nations européennes elles-mêmes débattent régulièrement de sujets identitaires en période de turbulence sans que cela soit interprété comme une diversion. Pourquoi ce qui est légitime au Nord deviendrait-il suspect au Sud ?

Au fond, la question posée est celle du respect des trajectoires culturelles. Le Sénégal ne cherche pas l’affrontement. Il affirme simplement que sa loi doit refléter son socle sociologique, dans le respect de ses institutions et de sa cohésion interne. Le pluralisme mondial suppose l’acceptation de différences normatives, tant qu’elles s’inscrivent dans un cadre légal et institutionnel.

Le courage politique ne consiste pas à provoquer ; il consiste à assumer. Assumer un débat sensible sans outrance. Assumer une position sans haine. Assumer une souveraineté sans isolement. Dans ce moment particulier, la véritable épreuve n’est pas médiatique, elle est stratégique : défendre ses choix tout en maintenant le dialogue international.

C’est là que se mesure la maturité d’un leadership.

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