Indemnité de logement : quand l’Etat décide sans attendre le FMI

Par Mamadou Sèye

Alors que les discussions avec le Fonds monétaire international se poursuivent et qu’aucun chèque n’a encore été délivré, une décision a retenu l’attention : l’octroi d’une indemnité de logement de 100 000 francs CFA aux fonctionnaires et aux agents de l’Etat non fonctionnaires. Pour certains, il s’agit d’une prouesse. Pour d’autres, d’un pari risqué. En réalité, il s’agit avant tout d’un choix politique assumé.

Contrairement à une idée répandue, cette mesure ne relève pas d’un miracle financier. Elle ne procède ni d’un financement extérieur ni d’une manne inattendue. Elle résulte d’arbitrages budgétaires internes, d’une réallocation des priorités et d’une volonté de répondre immédiatement à une préoccupation sociale réelle : le poids du logement dans le pouvoir d’achat des agents publics.

Le signal politique est clair. Dans une période de transition et d’attentes fortes, l’Etat a choisi de sécuriser son administration, de restaurer le moral des agents et de montrer que l’action publique ne se limite pas à la gestion de l’urgence macroéconomique. C’est aussi une manière de rappeler que la décision publique ne se délègue pas entièrement aux bailleurs.

A ce titre, la mesure illustre concrètement ce que signifie la souveraineté budgétaire : décider, agir, assumer, sans attendre une validation extérieure. Mais cette souveraineté n’a de valeur que si elle s’inscrit dans la durée. Car une indemnité généralisée crée mécaniquement une dépense récurrente, avec des effets d’entraînement inévitables sur d’autres secteurs de la fonction publique et sur les revendications sociales.

La vraie question n’est donc pas celle de l’opportunité immédiate, mais celle de la soutenabilité. Comment cette indemnité sera-t-elle financée à moyen terme ? S’inscrit-elle dans une réforme plus large de la politique du logement, de la masse salariale et du système indemnitaire ? Sera-t-elle compensée par des économies ou des réformes structurelles ?

C’est précisément sur ces points que le FMI, lorsqu’il reviendra à la table des discussions, portera son attention. Non pour juger le caractère social de la mesure, mais pour en évaluer la cohérence macroéconomique.

En définitive, l’indemnité de logement n’est ni une faute ni un exploit. Elle est un acte politique. Elle démontre que l’Etat peut décider sans attendre. Elle rappelle aussi que toute décision souveraine engage une responsabilité : celle de tenir le cap, d’expliquer les choix et d’en garantir la viabilité.


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