Kaolack : un mot de trop qui laisse des traces malgré les regrets

Par Mamadou Sèye

Ce qui devait être une cérémonie sobre et consensuelle a tourné à la polémique nationale. A Kaolack, lors de la Journée nationale de l’arbre, le préfet Latyr Ndiaye a publiquement demandé au maire Serigne Mboup de « dégager ». Une phrase sèche, captée par les caméras et devenue virale en quelques minutes. Devant cette injonction inattendue, Serigne Mboup a aussitôt répliqué : « Tu ne peux pas me dégager. Tu peux dégager les autres, pas moi. Je suis une autorité ! » Un échange bref mais lourd de symboles qui a immédiatement mis le feu aux réseaux sociaux et lancé un débat sur les rapports entre l’administration territoriale et les élus locaux.

Dans une République, il y a des mots qui pèsent lourd. Le préfet a reconnu aujourd’hui, lors d’un point de presse, que ce mot avait dépassé sa pensée. Il a présenté des regrets publics, admettant qu’il s’est exprimé sous le coup d’un agacement. Ce geste d’apaisement était nécessaire, car l’incident, tel qu’il est apparu dans la vidéo, a choqué autant qu’il a amusé. Les Sénégalais y ont vu un rappel brutal des tensions qui peuvent couver entre ceux qui incarnent l’Etat et ceux qui représentent la légitimité issue des urnes.

Il faut le dire sans détour : le préfet est allé un peu fort. Même sous pression, un représentant de l’Etat se doit de rester maître de ses mots. L’autorité ne se mesure pas à la hauteur de la voix ni à la dureté de la formule. Elle s’exprime dans la mesure, la retenue et le respect. C’est précisément ce qui distingue une fonction régalienne : faire preuve de sang-froid quand tout incite à l’emportement. La réplique ferme mais contrôlée de Serigne Mboup a, quant à elle, permis d’éviter que la scène ne dégénère davantage.

Cet épisode dépasse largement le cadre de Kaolack. Il pose une question de fond : quelle relation voulons-nous entre l’administration et les collectivités ? Les deux sont condamnées à travailler ensemble. Les uns incarnent l’autorité déléguée de l’Etat, les autres la légitimité démocratique. Quand ces deux légitimités se heurtent publiquement, c’est l’image même de l’Etat qui s’en trouve brouillée. Les citoyens n’attendent pas des responsables qu’ils se disputent devant les caméras ; ils veulent les voir coordonner leurs efforts au service de l’intérêt général.

La leçon de Kaolack est simple : les mots comptent. Un mot malheureux peut suffire à faire oublier la raison d’être d’une cérémonie. Un mot malheureux peut suffire à creuser un fossé là où il fallait construire un pont. Les excuses du préfet sont bienvenues et tournent la page sur le plan protocolaire, mais l’image restera. A l’avenir, il faudra que les gestes et les paroles redonnent tout leur sens à la coopération. Parce que, dans une République, le respect entre institutions n’est pas une option, c’est une exigence.


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