La sieste dominicale, notre patrimoine immatériel

Par Mamadou Sèye

Au Sénégal, la sieste n’est pas seulement un repos. C’est une philosophie, un art de vivre, un sport de haut niveau que nous pratiquons avec une rigueur quasi religieuse, surtout le dimanche.

Le rituel est simple : on termine le déjeuner – souvent copieux, parfois héroïque – et on annonce, comme un chef d’Etat qui s’adresse à la Nation : « je vais juste me reposer un peu ». Traduction : disparition totale du radar familial pour les deux prochaines heures.

Mais attention : il existe plusieurs écoles de la sieste dominicale. La première, dite “classique”, se pratique sur le lit ou le canapé, dans une position qui ferait rougir un professeur de yoga. La deuxième, “populaire”, s’installe sur une natte, sous l’arbre, avec en fond sonore le voisin qui répare sa moto. Et la troisième, la plus risquée : la sieste de bureau. Celle où le fonctionnaire de garde, censé travailler le dimanche, ferme discrètement les yeux “juste une minute”.

La sieste dominicale a ses pièges. Le plus grand ? Le faux réveil. Ce moment où l’on se redresse en croyant avoir dormi dix minutes, alors que deux heures se sont écoulées. Et pire : le fameux “délire du réveil”, quand on se demande quel jour on est et pourquoi le soleil est déjà en train de se coucher.

Pourtant, malgré tout, la sieste dominicale est une thérapie nationale. Elle soigne le stress de la semaine écoulée, prépare psychologiquement au lundi qui s’annonce, et donne à chacun l’illusion d’avoir fait un long voyage… sans bouger de son oreiller.

En vérité, si l’UNESCO savait vraiment ce que nous savons, la sieste dominicale sénégalaise serait déjà classée patrimoine culturel immatériel de l’humanité.


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