Par Mamadou Sèye
En ouvrant sa tournée économique par la Casamance, le Président Bassirou Diomaye Faye pose un acte à la fois politique, méthodologique et symbolique. Gouverner commence par le réel, par le terrain, par l’écoute attentive des territoires. Cette tournée n’a rien d’une parade institutionnelle ni d’un exercice de communication. Elle s’inscrit dans une volonté assumée : réconcilier la décision publique avec les réalités économiques locales.
La Casamance n’est pas une région à assister, encore moins à contempler avec nostalgie. Elle est un réservoir de potentialités économiques longtemps sous-exploitées : agriculture à forte valeur ajoutée, pêche artisanale et transformation halieutique, tourisme durable, économie forestière raisonnée, entrepreneuriat local résilient malgré les contraintes. Commencer par la Casamance, c’est rappeler que le développement ne se décrète pas depuis les bureaux climatisés, il se construit à partir des territoires et de leurs forces propres.
La stabilisation progressive de la région impose désormais un changement de paradigme. Après la paix, l’urgence est économique. La paix sans prospérité reste fragile. Créer de la richesse locale, fixer les jeunes, structurer les filières productives, améliorer l’accès aux infrastructures et aux financements : tels sont les véritables dividendes attendus. Cette tournée vise précisément à transformer la paix sociale en prospérité économique partagée.
Le message attendu est clair : l’Etat ne peut pas tout faire, mais il doit tout faciliter. Lever les blocages administratifs, sécuriser l’environnement des affaires, orienter l’investissement public vers des projets à effets structurants, accompagner sans étouffer. Il s’agit moins d’aligner des chiffres que de poser une vision cohérente, où l’Etat devient catalyseur, régulateur et partenaire, et non gestionnaire omniprésent.
A travers cette tournée, se dessine une autre manière de penser l’économie nationale : une économie conçue par ses territoires, articulée autour de leurs atouts spécifiques, mais inscrite dans une stratégie nationale lisible, productive et souveraine. La Casamance n’est pas une simple étape géographique ; elle est un signal politique fort. Un signal que le temps de l’improvisation est révolu, et que gouverner, désormais, c’est d’abord aller voir, écouter et construire avec.