Le gaz de Sonko : quand l’histoire bascule

Par Mamadou Sèye

Il y a des annonces politiques qui passent inaperçues. Et il y a celles qui changent le destin d’un pays. L’annonce faite par Ousmane Sonko devant le patronat entre clairement dans la deuxième catégorie. A partir de 2026, le Sénégal cessera d’importer du gaz. Une phrase qui pèse comme un acte fondateur.

Depuis des décennies, notre modèle énergétique est resté prisonnier de l’importation. Chaque année, des centaines de milliards sortent du pays pour acheter le gaz qui alimente nos centrales, renchérit nos factures et pèse sur notre économie. Cette dépendance chronique n’a fait qu’accroître la vulnérabilité des ménages et l’impuissance de l’Etat face aux marchés internationaux.

En annonçant la fin de cette dépendance, Sonko ne fait pas que parler de chiffres. Il redessine l’horizon. 140 milliards de francs CFA d’économie par an : voilà ce que représente l’arrêt des importations. Mais au-delà des montants, c’est une révolution conceptuelle. Pour la première fois, le Sénégal se met en position de produire pour lui-même, de consommer ce qu’il possède, de bâtir son autonomie énergétique.

Ce choix tranche avec l’ancienne logique, où l’on avait privilégié l’exportation massive du gaz sénégalais sous forme liquéfiée, au profit de multinationales et au détriment des citoyens. Le Premier ministre l’a dit sans détour : l’exploitation de nos ressources ne peut pas se réduire à engraisser des compagnies étrangères tout en laissant au peuple des miettes. Comment accepter que l’Etat ne touche que 13 % des revenus d’un secteur aussi stratégique ? Cette part dérisoire est un scandale, une injure à la souveraineté.

Sonko ouvre ainsi un front décisif : celui de la renégociation des contrats gaziers. C’est là que se jouera l’avenir. Car la bataille ne sera pas seulement technique. Elle sera politique, diplomatique, presque existentielle. Renégocier, c’est s’exposer aux pressions, aux intimidations, aux menaces. Mais c’est aussi poser un acte de dignité nationale. Un pays qui renonce à ses richesses renonce à son avenir.

L’autre axe majeur, c’est l’appel lancé au secteur privé national. Le gaz sénégalais ne doit pas être seulement une ressource comptable. Il doit être le levier d’une réindustrialisation. Les entreprises, petites ou grandes, doivent pouvoir accéder à une énergie moins chère, plus stable, afin de créer de la valeur, des emplois et de la prospérité partagée. La souveraineté énergétique ne vaut que si elle se traduit par une souveraineté économique.

Soyons clairs : nous entrons dans une nouvelle ère. Celle où les factures d’électricité pourraient enfin baisser. Celle où la dépendance vis-à-vis des bailleurs et des fluctuations mondiales s’amenuise. Celle où le Sénégal peut se regarder en face et dire : nous consommons ce que nous produisons.

Bien sûr, les obstacles seront nombreux. Les multinationales du gaz ne lâchent pas aisément leurs privilèges. Les lobbies internes tenteront de freiner la réforme. Mais le peuple sénégalais sait reconnaître un tournant quand il se présente. Et ce tournant-là s’appelle gaz.

Il restera à inscrire ce choix dans la durée, à sécuriser juridiquement les contrats, à bâtir les infrastructures nécessaires. Mais l’essentiel est déjà là : un cap clair.

L’histoire retiendra qu’en 2025, un Premier ministre sénégalais a osé dire : « A partir de 2026, nous ne dépendrons plus des importations. » Et c’est ce jour-là que le Sénégal a commencé à devenir maître de son énergie – donc maître de son destin.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *