Par Mamadou Sèye
Profitant des rumeurs de divergences entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, certains acteurs politiques en fin de parcours s’activent dans les salons de Dakar. Sous couvert de conseils au chef de l’Etat, ils suggèrent subtilement des recompositions au sommet de l’exécutif. Le risque d’une turbulence institutionnelle ne semble pourtant guère les préoccuper.
Dans toutes les séquences politiques de transition surgit une catégorie bien connue : les opportunistes du crépuscule. Des acteurs fatigués par le temps et les défaites, qui n’ont plus véritablement de carrière à construire mais qui continuent d’arpenter les antichambres du pouvoir à la recherche d’un ultime retour.
Depuis quelque temps, ces silhouettes familières s’agitent dans les salons feutrés de Dakar. Leur raisonnement repose sur une lecture intéressée des relations entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Les divergences réelles ou supposées deviennent, dans leurs conversations, une opportunité politique.
Alors, avec une prudence toute diplomatique, ils glissent à l’oreille du Prince l’idée qu’une « réorganisation » de l’attelage gouvernemental pourrait être salutaire. Le propos n’est jamais formulé brutalement. Il est suggéré, insinué, enveloppé de précautions oratoires. Mais l’intention est transparente.
Ce qui frappe dans cette agitation n’est pas tant la manœuvre que l’indifférence totale à ses conséquences. Car chacun sait qu’un bouleversement majeur au sommet de l’exécutif, dans le contexte actuel, pourrait ouvrir une séquence d’incertitude politique dont nul ne maîtrise les effets.
Mais cette perspective ne semble guère troubler ces stratèges de circonstance.
A leurs yeux, le véritable problème est ailleurs : Ousmane Sonko demeure l’empêcheur d’accéder aux privilèges. Celui qui verrouille les portes qu’ils espéraient voir s’ouvrir à nouveau.
D’où cette étrange duplicité.
Dans les conversations privées, ces mêmes personnages ne ménagent pas leurs critiques à l’égard du Président. Les jugements sont parfois sévères, souvent ironiques. Mais dès que la parole devient publique, le ton change brusquement. Les critiques s’effacent et laissent place à des signaux de loyauté soigneusement adressés au chef de l’Etat.
Le message implicite est limpide : nous sommes disponibles.
Disponibles pour conseiller.
Disponibles pour accompagner.
Disponibles, surtout, pour participer à d’éventuelles recompositions.
La contrepartie n’est jamais explicitement formulée, mais elle flotte dans l’air des conversations : un poste, une fonction, un strapontin.
Dans cette logique, les performances du gouvernement passent au second plan. Que l’exécutif ait réussi à maintenir une relative paix sociale, que l’économie continue d’avancer malgré l’absence du chèque du Fonds monétaire international, tout cela importe peu.
Car les courtisans du crépuscule ne raisonnent pas en termes d’Etat. Ils raisonnent en termes d’accès.
Accès aux réseaux.
Accès aux positions.
Accès aux privilèges.
L’histoire politique enseigne pourtant une constante : les turbulences institutionnelles provoquées par les ambitions de quelques-uns coûtent toujours plus cher à la Nation que les frustrations de ceux qui espéraient un retour aux affaires.
C’est pourquoi les murmures qui montent aujourd’hui des salons dakarois doivent être entendus pour ce qu’ils sont réellement : non pas des conseils d’Etat, mais les derniers calculs d’une génération politique qui, au lieu d’accepter son crépuscule, tente encore une manœuvre dans l’ombre du Prince.
Et chacun sait que les courtisans ne cherchent jamais à sauver le pouvoir.
Ils cherchent seulement à sauver leur place.