Macky Sall candidat de l’Afrique ou candidat en quête d’Afrique ?

Par Mamadou Sèye

Il y a, dans la séquence en cours autour de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU, une construction narrative méthodique qui mérite d’être déconstruite avec rigueur. Dès les premières heures, une idée a été installée dans l’opinion : celle d’un homme porté par tout un continent, d’une Afrique rassemblée derrière une candidature naturelle, presque évidente. Mais cette évidence apparente repose sur une construction progressive, et non sur une réalité initiale.

Car les faits, eux, racontent une tout autre histoire. L’initiative ne procède pas d’un consensus africain formel ni d’une délibération collective des chefs d’Etat. Elle a été impulsée par Evariste Ndayishimiye, dans un cadre qui relevait davantage de l’initiative politique que d’un mandat continental. On n’est donc pas parti de l’Afrique pour désigner un candidat ; on est parti d’une initiative isolée cherchant progressivement à se parer d’une légitimité africaine.

Le déplacement rapide de Macky Sall au Burundi s’inscrit précisément dans cette dynamique. Il ne relève pas seulement de la courtoisie diplomatique, mais participe d’une mise en scène politique visant à transformer une impulsion bilatérale en dynamique continentale. L’image, le symbole, le tempo : tout concourt à installer l’idée d’un mouvement déjà enclenché, d’un soutien supposément acquis. C’est une stratégie classique de fabrication du consentement diplomatique.

La deuxième étape de cette construction intervient avec l’entrée en scène de l’Union africaine. La transmission d’un projet de décision aux Etats membres donne l’impression d’une validation continentale. Mais là encore, la chronologie est essentielle : il s’agit moins d’une impulsion que d’une tentative d’officialisation. L’institution continentale est appelée à entériner une dynamique qu’elle n’a pas initiée.

Le recours à la procédure du silence renforce cette lecture. Ce mécanisme ne consacre pas une adhésion enthousiaste, mais acte l’absence d’opposition formelle. On ne mesure pas un soutien actif ; on enregistre un non-refus. Et dans les subtilités de la diplomatie, cette nuance est loin d’être anodine.

Mais c’est un autre élément, plus décisif encore, qui vient fissurer le récit construit autour de cette candidature. Selon les déclarations du chef de la diplomatie sénégalaise, le Sénégal n’aurait pas été associé à l’initiative. Plus révélateur encore, Macky Sall aurait lui-même écrit au Président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter le soutien de son propre pays. Cette séquence renverse complètement la logique présentée : il ne s’agit plus d’une candidature portée par un Etat et projetée à l’échelle africaine, mais d’une démarche individuelle en quête de légitimation nationale, puis continentale.

Avant de prétendre rassembler un continent, encore faut-il s’inscrire dans une cohérence nationale. Comment une candidature peut-elle incarner l’Afrique si son propre pays n’a pas été associé à son lancement ? Cette question, simple en apparence, suffit à elle seule à ébranler l’architecture narrative patiemment construite.

Derrière cette séquence, se dessine une logique plus large : celle du repositionnement international des anciens chefs d’Etat. Investir les espaces multilatéraux, mobiliser des réseaux diplomatiques, apparaître comme une figure de consensus global : autant de leviers permettant de redéfinir une trajectoire politique au-delà des frontières nationales. Ce mouvement est classique. Il n’est ni inédit ni illégitime. Mais il suppose une cohérence entre le récit projeté et les réalités qui le sous-tendent.

Or ici, le décalage est manifeste. Ce qui est présenté comme une candidature de l’Afrique ressemble davantage à une africanisation progressive d’une ambition individuelle. Une ambition qui, pour s’imposer, cherche d’abord une validation nationale, puis continentale, avant de prétendre à une reconnaissance globale.

L’Afrique, dans cette configuration, devient moins un point de départ qu’un argument de consolidation. Elle est invoquée pour renforcer une candidature, et non pour en constituer l’origine. Et c’est précisément là que réside le cœur du problème : une candidature ne devient pas africaine parce qu’elle s’en réclame, mais parce qu’elle en émane réellement.

En définitive, la question n’est pas de contester un droit à candidater. Elle est de clarifier la nature réelle de cette candidature. Est-elle l’expression d’une volonté continentale construite et assumée, ou le produit d’une stratégie progressive de légitimation ? Tant que cette interrogation restera sans réponse nette, le doute continuera de fragiliser un récit qui, à force d’être mis en scène, finit par révéler ses propres contradictions.

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