Par Mamadou Sèye
L’attitude de l’ancien Président Macky Sall intrigue et déçoit. A peine sorti du pouvoir, il semble incapable d’endosser la stature que commande son rang d’ancien chef d’Etat. Au lieu de se hisser à la hauteur d’un sage républicain, il multiplie les présences périphériques aux grands rendez-vous internationaux où participe désormais le Président Bassirou Diomaye Faye. D’abord en France, aujourd’hui à New York, Macky Sall s’invite dans des cercles parallèles, donnant l’image d’un homme qui refuse la discrétion digne et qui cherche coûte que coûte à demeurer au centre du jeu.
Ce comportement heurte le protocole, mais surtout la morale. L’ancien Président traîne un passif qui ressurgit chaque jour dans la presse : affaires de gouvernance, soupçons autour de son entourage, et même le rôle trouble de son fils, qui a durablement écorné son crédit moral. Le Président Diomaye a lui-même affirmé être au courant des manœuvres souterraines de Macky Sall, mettant en lumière une pratique politique de l’opacité et du secret, héritée d’un régime qui s’est longtemps nourri de la gestion occulte.
A cela s’ajoute un paradoxe encore plus choquant : Macky Sall prétend désormais parler pour l’Afrique. Ses interventions dans des fora internationaux visent à le repositionner comme porte-voix continental. Mais comment prétendre incarner une voix africaine lorsqu’on est soi-même contesté dans son pays, cerné par des audits, des révélations médiatiques et des soupçons persistants ? Hannah Arendt rappelait que « le pouvoir naît du consentement », et non de la ruse ou de la contrainte. Macky Sall, faute de consentement populaire et de légitimité symbolique, s’accroche à des artifices diplomatiques pour sauver une image déjà ternie.
Dans ce climat, certains observateurs vont jusqu’à lui prêter l’intention de rechercher une rencontre avec le Président Diomaye Faye. Si cette hypothèse se confirmait, elle traduirait moins une volonté de dialogue sincère qu’une tentative de brouiller les équilibres internes du nouveau pouvoir, notamment la relation de confiance entre Diomaye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Machiavel, dans Le Prince, décrivait ces manœuvres comme la tentation de l’ancien souverain déchu de rester dans l’ombre du nouveau, au risque de provoquer l’instabilité. Mais l’histoire enseigne aussi que ces stratégies finissent par se retourner contre leurs auteurs, surtout lorsque l’opinion publique réclame transparence et vérité.
Car la réalité est implacable : Macky Sall est cerné par les affaires en cours. Les audits, les enquêtes judiciaires et la demande sociale de justice s’imposent comme des forces nouvelles que ni les intrigues de coulisses ni les lobbyistes internationaux ne peuvent neutraliser. Son recours à des relais médiatiques complaisants ou à des cabinets de lobbying coûteux ressemble à cette « politique du ventre » analysée par Jean-François Bayart, où le pouvoir se confond avec l’accumulation et la captation de ressources. Mais ce modèle, qui a marqué une époque, se heurte désormais à une nouvelle exigence citoyenne : la reddition des comptes.
Ainsi, Macky Sall incarne aujourd’hui une inélégance républicaine qui choque l’opinion. Au lieu d’assumer avec dignité son statut d’ancien Président, il se mue en acteur perturbateur, brouillant les cartes pour échapper à la vérité. Pire, en se posant en porte-voix de l’Afrique, il verse dans l’illusion et l’imposture, oubliant que la légitimité internationale s’enracine toujours dans la reconnaissance nationale. Montesquieu écrivait que « la grandeur d’un homme d’Etat se mesure à la manière dont il quitte le pouvoir ». Sur ce terrain, Macky Sall a déjà perdu la bataille de l’histoire.