Par Mamadou Sèye
Aujourd’hui, Touba se pare de spiritualité et de ferveur. Le Grand Magal, célébré ce 13 août, réunit des millions de fidèles venus de tout le Sénégal, d’Afrique et de la diaspora. Ils viennent commémorer l’exil, en 1895, de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du mouridisme, un homme qui fit de la patience et de la foi des armes plus puissantes que la force. Entre prières, khassaïdes, repas partagés et recueillement, c’est toute une ville qui vit au rythme d’un pèlerinage millénaire, inscrit dans la mémoire collective.
Le Magal, c’est d’abord un hommage à la résistance spirituelle. En acceptant l’exil imposé par le colonisateur français, Cheikh Ahmadou Bamba n’a pas seulement affirmé sa foi ; il a légué un héritage de discipline morale, de travail et de solidarité. Chaque année, le 18 Safar, les mourides et des millions d’autres croyants font le voyage vers Touba, pour honorer cette mémoire et s’imprégner de ce message intemporel.
Depuis plusieurs jours, Touba est en effervescence. Les cars Ndiaga Ndiaye, les taxis-brousse, les véhicules particuliers forment une noria continue vers la ville sainte. Les chiffres donnent le vertige : plus de trois millions de pèlerins attendus, des milliers de bœufs et de moutons sacrifiés pour le “Berndé”, ce repas fraternel qui illustre le sens profond du Magal : partager, sans distinction de rang social ou d’origine.
Les rues se transforment en artères humaines où la dévotion s’exprime dans les salutations, les invocations, les récitals de Khassaïdes. La Grande Mosquée, majestueuse, domine la cité comme un phare spirituel.
Malgré les inondations récentes, Touba n’a pas reculé. Les autorités religieuses, avec le soutien des services de l’Etat, ont mis en place un dispositif logistique impressionnant : drainage d’urgence, sécurité renforcée, postes de santé mobiles, gestion du trafic routier. Des milliers de volontaires se mobilisent pour guider les pèlerins, offrir de l’eau, assurer la propreté des lieux.
Ce déploiement est aussi un test grandeur nature pour les capacités organisationnelles du pays, car le Magal est l’un des plus grands rassemblements religieux au monde.
Le Magal n’est pas qu’un événement religieux. Il est aussi un moteur économique : hôtellerie informelle, restauration, commerce de tissus, transport… Touba et ses environs connaissent en quelques jours une activité frénétique. Des chercheurs estiment que les retombées économiques se chiffrent en dizaines de milliards de francs CFA.
Cette édition 2025 met également l’accent sur la citoyenneté : sensibilisation à l’hygiène, à la sécurité routière, au civisme, mais aussi à l’importance de la préservation des valeurs de paix et de tolérance.
La présence de délégations officielles, de diplomates et de personnalités politiques souligne le rayonnement du Magal au-delà des frontières sénégalaises. Dans la diaspora, des cérémonies parallèles sont organisées à Paris, New York, Abidjan ou Casablanca, témoignant de l’attachement indéfectible des mourides du monde entier à cette date.
Aujourd’hui, Touba n’est pas seulement la capitale spirituelle du Sénégal. Elle est le miroir d’un pays qui, malgré les défis, sait préserver ses traditions, honorer ses figures et cultiver la cohésion sociale. Le Magal, c’est l’expression d’une foi inébranlable, d’une citoyenneté active et d’une résilience collective.