Mort de l’étudiant Abdoulaye Ba : le procureur Ibrahima Ndoye expose la thèse d’une chute et écarte celle d’un passage à tabac

Par Mamadou Sèye

Le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Dakar, Ibrahima Ndoye, a fait face à la presse pour livrer la version officielle de l’enquête ouverte après la mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba, survenue dans un contexte de vives tensions à l’Université Cheikh Anta Diop. Un point de presse très attendu, tant l’émotion nationale et les rumeurs relayées sur les réseaux sociaux avaient installé un climat de suspicion autour des circonstances du drame.

D’emblée, le procureur a tenu à clarifier ce qu’il considère comme le cœur du débat : aucun élément de l’enquête ne permet, à ce stade, d’affirmer que l’étudiant a été battu à mort par les forces de l’ordre. Revenant sur les conclusions médico-légales, il a expliqué que les traumatismes relevés sur le corps du défunt — décrits comme multiples — seraient compatibles avec une chute d’une hauteur importante. Selon les investigations présentées, Abdoulaye Ba se trouvait dans le pavillon F du campus lorsque un incendie s’y est déclaré, provoquant une importante fumée. Dans ce contexte, et alors que l’accès aux chambres était rendu difficile, l’étudiant se serait jeté du quatrième étage pour échapper aux flammes et aux émanations asphyxiantes.

Le chef du parquet a insisté sur le fait que la thèse d’une agression mortelle ne repose, selon le dossier actuel, sur aucun élément probant, malgré les vidéos, témoignages et publications virales affirmant le contraire. Il a également précisé que les services d’enquête ont procédé à des auditions, des constatations techniques et à l’exploitation d’images disponibles afin de reconstituer le fil des événements. Les blessures observées, a-t-il martelé, correspondent aux conséquences d’un impact violent consécutif à une chute d’un étage élevé, et non aux stigmates d’un passage à tabac.

Le procureur n’a pas éludé le contexte général de tension sur le campus, reconnaissant que les affrontements entre étudiants et forces de sécurité ont contribué à la confusion. Toutefois, il a appelé à la responsabilité, dénonçant la circulation d’informations non vérifiées susceptibles d’alimenter l’émotion et de fragiliser la cohésion sociale. L’enquête, a-t-il assuré, reste ouverte, et toutes les diligences nécessaires seront accomplies pour établir définitivement les faits.

Cette communication intervient alors que, sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix continuent de réclamer « vérité et justice », certaines contestant la version livrée par le parquet et s’appuyant sur des extraits du rapport d’autopsie évoquant des polytraumatismes. Le procureur, pour sa part, maintient que ces lésions ne sont pas incompatibles avec la chute décrite par les éléments matériels recueillis.

Au terme de cette sortie médiatique, la position du ministère public apparaît claire : la justice retient, à ce stade, la thèse d’une chute volontaire dans un contexte d’incendie et non celle d’une mort consécutive à des violences policières. Reste désormais à savoir si les suites judiciaires, les compléments d’expertise et l’évolution de l’instruction viendront conforter ou nuancer cette version officielle dans un dossier qui continue de bouleverser l’opinion.

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