Ouattara, fossoyeur de la CEDEAO ?

Par Mamadou Sèye

Il est temps de poser la question sans fard : Alassane Ouattara n’est-il pas en train de précipiter la CEDEAO dans une mort irréversible ? Depuis plusieurs années, l’organisation sous-régionale traverse une crise de légitimité, écartelée entre ruptures militaires au Sahel, méfiance populaire croissante, et servitude volontaire envers certaines puissances extérieures. Mais c’est bel et bien le comportement d’un chef d’Etat en exercice, pourtant présenté comme modèle de stabilité, qui incarne aujourd’hui l’un des plus grands dangers pour la survie de la CEDEAO.

Alassane Ouattara, en effet, incarne un paradoxe saisissant : il se veut l’homme des équilibres, du dialogue et de l’intégration régionale. En réalité, il a méthodiquement verrouillé la vie politique de son pays, piétinant le pluralisme, la Constitution, et les libertés. Son troisième mandat, arraché au forceps, reste une tache indélébile sur le visage de la démocratie ouest-africaine. Pire encore, il sert désormais de référence implicite pour d’autres régimes enclins à tripatouiller les règles, tout en gardant l’étiquette flatteuse de « régime civil ».

Ce double langage est l’un des cancers de la CEDEAO. Car pendant qu’elle condamne bruyamment les coups d’Etat militaires au Mali, au Burkina ou au Niger, elle observe un silence complice face aux dérives autocratiques de certains chefs d’Etat dits « légitimes », pourvu qu’ils soient dans les bons réseaux. Résultat : les peuples n’y croient plus. Les jeunes n’y voient qu’un club de chefs d’Etat accrochés à leur fauteuil. Et l’organisation s’effondre dans les consciences bien avant de s’effondrer dans les textes.

La situation en Côte d’Ivoire en ce moment même est révélatrice. Alors que le pays se prépare à une échéance électorale majeure, toute tentative de renouvellement politique est méthodiquement étouffée. Le cas de Tidjane Thiam, potentiel candidat crédible, respecté à l’international, mais surtout porteur d’un projet alternatif, est emblématique. Il a été liquidé politiquement à travers une série de manœuvres aussi grossières que cyniques, dans une mise en scène institutionnelle où la justice, l’administration, et certains alliés occidentaux ont joué leur partition. Le message est limpide : aucun changement ne viendra en dehors de la volonté du Prince. Et pendant ce temps, la CEDEAO se tait.

Ce silence, cette complicité passive, ou pire, ce soutien tacite, posent une question de fond : à quoi sert encore la CEDEAO ? A garantir la paix ou à protéger certains régimes ? A défendre les peuples ou à maintenir un ordre élitiste ? A promouvoir l’intégration ou à gérer les intérêts d’un cercle restreint ?

Alassane Ouattara, en fermant les issues démocratiques dans son propre pays tout en se présentant comme pivot régional, prend le risque de fracturer définitivement ce qui reste de la CEDEAO. Car il faut le dire : ce n’est pas seulement la junte de Bamako, Niamey ou Ouagadougou qui menacent l’unité sous-régionale, c’est aussi le cynisme de certains dirigeants dits « civils » qui usent de méthodes sournoises pour conserver le pouvoir à vie. L’effet est le même : le rejet massif de l’organisation par les peuples.

A ce rythme, la CEDEAO cessera bientôt d’être une institution d’avenir. Elle deviendra un syndicat de palais, replié sur lui-même, déserté par les peuples, et vidé de toute crédibilité. Et dans les livres d’histoire, le nom d’Alassane Ouattara apparaîtra comme celui qui, à force d’arrogance institutionnelle et de mépris démocratique, aura contribué à l’agonie d’un projet commun vieux de cinquante ans.


Un commentaire sur « Ouattara, fossoyeur de la CEDEAO ? »

  1. Il n’a pas déçu . Il est très clair que cet homme n’est ni digne ni capable de diriger une parcelle de terre pour le bien d’un quartier a plus forte raison un état. Laissons l’organisation et partons pour le Sahel.

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