Par Mamadou Sèye
La rencontre entre le PASTEF et le Parti communiste chinois (PCC), intervenue à l’occasion de la visite officielle en Chine du Président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye, agissant au nom d’Ousmane Sonko, marque bien plus qu’un simple échange partisan. Elle consacre un tournant stratégique, idéologique et institutionnel majeur pour le parti au pouvoir et pour son leader. Derrière ce dialogue Sud-Sud assumé se dessine une ambition claire : passer de la rupture intérieure à la construction méthodique du pouvoir, en s’inscrivant pleinement dans les recompositions du monde multipolaire. Quand le PASTEF parle au Parti communiste chinois, ce n’est ni une anecdote diplomatique ni un épiphénomène conjoncturel. C’est un acte politique réfléchi, structuré et profondément symbolique. Et le contexte dans lequel il s’inscrit en dit long sur sa portée réelle.
C’est en effet dans le cadre de la visite officielle en Chine du Président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, que cette rencontre a eu lieu. Agissant au nom d’Ousmane Sonko, il a porté un message limpide : celui d’un pouvoir qui assume désormais l’articulation entre action gouvernementale, diplomatie parlementaire et vision politique du parti majoritaire. Autrement dit, l’Etat, le parti et le projet avancent désormais à découvert et de concert.
Ce détail institutionnel n’a rien d’anodin. Il confère à la démarche une légitimité pleine et entière. Nous ne sommes pas face à une initiative partisane isolée, encore moins à une escapade idéologique. Nous sommes devant un choix stratégique assumé au sommet de l’Etat sénégalais. Quand le Président de l’Assemblée nationale dialogue avec le PCC, c’est la République qui observe, qui interroge, qui apprend. Et quand il agit au nom de Sonko, c’est une orientation politique claire qui se manifeste.
Ce moment marque une transition. Longtemps, le PASTEF a incarné la rupture : rupture avec les pratiques prédatrices, avec la confiscation de l’Etat, avec la soumission intellectuelle et économique. Ce combat, frontal et souvent solitaire, a forgé une légitimité populaire incontestable. Mais un parti qui gouverne ne peut s’installer durablement dans la seule posture de la dénonciation. Gouverner, c’est organiser. Gouverner, c’est structurer. Gouverner, c’est planifier. Le dialogue avec le Parti communiste chinois s’inscrit précisément dans cette mue.
Le choix du PCC n’est donc pas neutre. Il ne s’agit pas de courtiser la Chine comme puissance financière ou technologique, mais de dialoguer avec l’un des partis politiques les plus structurés et les plus expérimentés de l’histoire contemporaine. Un parti qui gouverne depuis des décennies, qui forme ses cadres, qui pense le temps long et qui a su conduire un processus de développement en dehors des dogmes libéraux dominants.
Ce que recherche le PASTEF n’est ni un modèle à copier ni une idéologie à importer. Il s’agit d’acquérir des outils : méthodes d’organisation politique, formation des cadres, structuration territoriale, communication politique, gouvernance décentralisée et culture du résultat. En un mot, il s’agit de donner une colonne vertébrale opérationnelle à un discours souverainiste longtemps cantonné à la dénonciation.
Pour Ousmane Sonko, ce dialogue marque un changement de statut. Le leader de la contestation systémique devient l’architecte d’un projet de pouvoir durable, conscient que la souveraineté ne se proclame pas, mais se construit patiemment. Il ne s’agit pas d’un reniement, mais d’un approfondissement. Le combat reste le même ; l’échelle change.
Ce choix envoie également un message clair sur le plan international. Le Sénégal de Sonko n’entend ni s’aligner ni provoquer. Il entend diversifier ses partenariats, renforcer la coopération Sud-Sud et défendre un multilatéralisme réel, débarrassé des hiérarchies héritées. La rencontre avec le PCC s’inscrit ainsi dans une vision plus large : celle d’une réforme profonde, juste et équitable de la gouvernance mondiale, afin que la voix des peuples du Sud cesse d’être marginalisée.
Naturellement, cette orientation dérange. Elle bouscule des habitudes bien ancrées, où la reconnaissance politique passait d’abord par les capitales occidentales. Les procès d’intention viendront : accusations d’idéologie importée, soupçons d’autoritarisme, caricatures commodes. Mais ces cris masquent mal une inquiétude plus profonde : celle de voir émerger en Afrique une génération politique qui apprend à gouverner sans demander la permission.
L’enjeu est enfin interne. Le PASTEF sait que la victoire électorale n’est jamais qu’un début. Le plus difficile commence toujours après : former, structurer, discipliner sans étouffer, décentraliser sans désarticuler. Sur ce terrain précis, l’expérience du PCC offre des enseignements précieux à qui veut éviter les impasses classiques des partis africains passés trop vite de la rue aux palais.
Au fond, cette rencontre consacre une évidence : le PASTEF entre dans l’âge de la maturité politique. Il ne renonce ni à ses idéaux ni à sa radicalité éthique. Il choisit simplement de leur donner des instruments durables.
Quand le Président de l’Assemblée nationale sénégalaise, au nom d’Ousmane Sonko, engage un dialogue politique avec le Parti communiste chinois, ce n’est pas un simple échange. C’est une déclaration d’intention.
Le PASTEF ne change pas de camp.
Il ne change pas de combat.
Il change d’échelle.