Par Mamadou Sèye
Le Sénégal a le droit de savoir. Plus qu’une simple entreprise, PETROSEN est un levier stratégique de notre souveraineté énergétique, un acteur central dans la gestion des hydrocarbures, dans le raffinage local, dans la sécurisation de nos ressources et, à terme, dans la construction de notre avenir économique. Et pourtant, depuis plusieurs semaines, un silence inquiétant plane sur cette société nationale, depuis le départ précipité de son ancien Directeur général, Manar Sall.
Avant de quitter ses fonctions, ce dernier avait annoncé des chiffres pour le moins troublants : un chiffre d’affaires de 500 milliards, pour un bénéfice net de seulement 100 millions. Cette disproportion interpelle, intrigue, et surtout interroge : où est passée la valeur créée par PETROSEN ? Comment expliquer qu’une société qui génère des centaines de milliards se retrouve avec un résultat net si symbolique ? Les Sénégalais ont le droit de connaître les réponses à ces questions. Et les autorités, qu’attendent-elles pour édifier l’opinion sur l’état des lieux, comme cela a été fait avec la SICAP ou les HLM ?
Au-delà de la simple curiosité, cette opacité constitue un enjeu politique, économique et moral. PETROSEN gère des ressources stratégiques, et la moindre erreur, la moindre opacité, peut avoir un impact direct sur la souveraineté énergétique du pays et sur la confiance que les citoyens peuvent accorder à leurs dirigeants. Les entreprises publiques stratégiques comme PETROSEN ou la SAR ne peuvent pas être traitées avec le même niveau de discrétion que d’autres sociétés. Chaque chiffre, chaque contrat, chaque transaction mérite d’être connu et compris.
L’Inspection générale d’Etat (IGE), la Cour des comptes et l’ensemble des corps de contrôle ont du pain sur la planche. Mais leur action seule ne suffit pas si la transparence n’est pas exigée par la société civile et l’opinion publique. Les nouvelles équipes à la tête de PETROSEN doivent rendre des comptes. Elles doivent publier les états financiers audités, détailler les contrats de trading, expliquer les écarts entre chiffre d’affaires et bénéfice, et préciser les transactions avec des sociétés affiliées ou tierces. Les Sénégalais ne peuvent pas accepter que la valeur produite par leurs ressources nationales soit occultée derrière des bilans opaques et des rapports partiels.
Il ne s’agit pas ici d’attaquer des individus, mais de rappeler que la reddition de comptes est une exigence démocratique et une condition de souveraineté nationale. Les chiffres publiés laissent planer un doute sur la bonne gouvernance. S’il existe des raisons légitimes à ces écarts — provisions exceptionnelles, investissements stratégiques, opérations de trésorerie — elles doivent être expliquées et documentées. Sinon, le silence devient complicité, et le doute se transforme en suspicion.
PETROSEN et la SAR sont au cœur de la transformation énergétique du Sénégal. Le pays a déjà trop souffert de gestions opaques, de scandales financiers et de pertes colossales dans des sociétés publiques stratégiques. Aujourd’hui, la transparence n’est plus une option, elle est une obligation. Chaque citoyen a le droit de savoir comment sont gérées les ressources de l’État, comment sont effectués les choix d’investissement, et comment sont sécurisés les flux financiers.
Exiger la transparence, ce n’est pas attaquer, c’est protéger la nation. Et c’est exactement ce que le Sénégal attend des nouvelles autorités : auditer, publier et expliquer. Sans cela, l’opinion conclura que la gestion des hydrocarbures reste un territoire opaque, réservé à quelques initiés. Et cette situation serait incompatible avec la vision d’un Sénégal souverain, moderne et responsable.
Les nouvelles directions à PETROSEN et à la SAR ont aujourd’hui une responsabilité historique : rassurer l’opinion, éclairer la nation, démontrer que la gestion des hydrocarbures est sérieuse et transparente. Les Sénégalais attendent des actes, pas des déclarations. Le temps du flou est révolu. Chaque jour de silence accroît la suspicion et fragilise la confiance dans nos institutions stratégiques.
Il est temps de faire la lumière sur PETROSEN, de publier les chiffres, d’expliquer les écarts, de présenter les résultats consolidés et les projets en cours. Les corps de contrôle doivent intervenir et rendre publics leurs audits. Les nouvelles équipes doivent ouvrir les portes de la société et exposer les faits. Et surtout, l’Etat doit assumer sa responsabilité historique : garantir que les entreprises stratégiques servent l’intérêt général et non des intérêts occultes.
Car, en matière d’hydrocarbures et de ressources stratégiques, le silence est dangereux, l’opacité est inacceptable et l’opinion publique exige désormais des réponses claires et vérifiables. PETROSEN doit parler, l’État doit agir, et les Sénégalais doivent savoir.