Par Mamadou Sèye
Pendant des décennies, on a voulu enfermer le Sénégal dans une croyance paralysante : sans le FMI, rien n’est possible. Que sans son chèque, ses conditionnalités, ses “réformes structurelles”, toute politique économique est condamnée à l’échec. Cette pédagogie de la dépendance a façonné les esprits, installé la résignation, fabriqué l’illusion que l’extérieur décide toujours mieux que nous-mêmes. Les faits, aujourd’hui, sont en train de briser ce vieux mythe.
En l’espace de quelques semaines, le Plan de redressement économique et financier (PRES) commence à produire des effets visibles, concrets, mesurables, avant même l’arrivée du financement du FMI. Ce ne sont plus des promesses. Ce ne sont plus des discours. Ce sont des prix qui baissent.
Le carburant d’abord. Le litre d’essence super est passé de 990 F CFA à 920 F CFA. Le litre de gasoil est passé de 755 F CFA à 680 F CFA. Ce sont des chiffres publics, affichés dans les stations, commentés dans les maisons, partagés sur les réseaux sociaux. Ce sont des baisses nettes, palpables, directement ressenties par les travailleurs, les chauffeurs, les transporteurs, les familles.
Le gaz domestique ensuite. La bouteille de 12 kg passe de 6 500 à 6 250 F CFA. Celle de 6 kg de 3 000 à 2 885 F CFA. Là encore, ce sont des tickets de caisse, des économies immédiates, même modestes, mais réelles. Transport et cuisine, les deux nerfs du quotidien populaire, sont directement touchés.
Et voilà maintenant que le riz, produit stratégique par excellence, pilier de la sécurité alimentaire, s’annonce sur la trajectoire de la baisse. Si cela se confirme dans les prochains jours, c’est toute la structure du coût de la vie qui bascule dans une nouvelle séquence.
On pourra toujours minimiser. Dire que ce n’est pas assez. Dire que d’autres pays font mieux. Dire que la situation reste difficile. Tout cela est vrai. Mais ce que personne ne peut contester, c’est l’inversion de la tendance. Après des années de hausses continues, de résignation collective et d’étouffement social, la courbe commence à descendre.
Ce basculement n’est pas technique. Il est politique. Car baisser le carburant, le gaz et bientôt le riz, ce n’est pas un acte neutre. C’est un arbitrage clair en faveur des populations. C’est accepter de réduire certaines recettes immédiates pour soulager les charges du peuple. C’est choisir la stabilité sociale plutôt que la facilité budgétaire.
C’est là que le PRES révèle sa nature profonde : ce n’est pas un document bureaucratique destiné aux tiroirs. C’est un instrument de combat économique et social. Il s’appuie sur la rationalisation des dépenses, la remise en cause de certaines rentes, la réorganisation des circuits d’importation, la discipline budgétaire, et surtout une volonté politique de rompre avec la gestion passive et soumise du passé.
Et tout cela se fait sans le FMI. Voilà le fait politique majeur. Non pas dans une posture idéologique stérile, mais dans une stratégie lucide : commencer par nettoyer à l’intérieur avant d’aller négocier à l’extérieur. Ce changement de posture est fondamental. Pendant trop longtemps, on allait au FMI la tête basse, les comptes troués, le peuple déjà saigné. Aujourd’hui, le message est différent : nous nous redressons d’abord, ensuite nous discuterons.
Dans cette dynamique, une réalité s’impose avec force : Ousmane Sonko est en train de glaner des résultats décisifs. Non pas dans l’incantation, non pas dans la communication spectaculaire, mais dans l’impact direct sur la vie quotidienne. Le carburant baisse. Le gaz baisse. Le panier commence à respirer. Ce sont ces résultats-là qui fondent l’autorité réelle.
Ses adversaires peuvent contester ses méthodes, son style, son orientation. Ils peuvent polémiquer à l’infini. Mais ils ne peuvent pas contester les chiffres à la pompe et chez le boutiquier. Le peuple ne juge pas dans les salons, il juge au marché. Pas dans les plateaux télé, mais dans la cuisine. Et aujourd’hui, cette cuisine respire un peu mieux.
Le symbole le plus fort reste le riz. Au Sénégal, le riz n’est pas un simple produit. C’est une ligne de stabilité nationale. Y toucher, c’est toucher au cœur de la paix sociale. Si la baisse se concrétise, ce sera un signal historique : la bataille du coût de la vie sera officiellement engagée sur tous les fronts essentiels.
Ce qui se joue ici, en profondeur, c’est une rupture doctrinale. Pendant des années, on a voulu faire croire que l’Etat devait être faible, que le marché devait tout régler, que toute intervention était une hérésie, que la souveraineté économique était un luxe. Le PRES démontre l’inverse : oui, l’Etat peut agir, oui, il peut corriger, oui, il peut protéger, oui, il peut amortir. Non pas dans le désordre, mais dans la rigueur, la méthode et la justice sociale.
Bien sûr, les défis restent immenses. La dette est lourde. Les attentes sont colossales. L’héritage est difficile. Mais une dynamique est désormais enclenchée. Or, en politique comme en économie, la dynamique vaut parfois plus que tous les tableaux Excel. Elle crée la confiance, la patience, l’adhésion.
Ce qui est en train de se construire sous nos yeux, c’est un nouveau rapport entre l’Etat et le peuple : moins de promesses abstraites, plus d’actes concrets ; moins de soumission extérieure, plus de leviers internes ; moins de communication cosmétique, plus de résultats mesurables.
Le PRES commence désormais à parler le seul langage que les populations comprennent vraiment : celui des prix qui baissent. Et dans cette bataille silencieuse mais décisive contre la vie chère, Ousmane Sonko marque des points, lentement, méthodiquement, sûrement. Le carburant recule. Le gaz recule. Le riz s’annonce. Trois signaux clairs. Un cap assumé. Une méthode en action. Un avertissement sérieux pour tous ceux qui pariaient sur l’échec.