Par Mamadou Sèye
Depuis quelque temps, une étrange lecture de l’élection présidentielle de 2024 circule : Bassirou Diomaye Faye aurait été élu par la volonté divine. Derrière cette formule apparemment pieuse se cache en réalité une tentative de déplacer l’explication politique vers la métaphysique. Mais l’histoire des peuples obéit rarement aux miracles.
Lorsque les faits deviennent trop évidents, certains éprouvent souvent le besoin de convoquer la providence. C’est une vieille tentation humaine : remplacer l’analyse politique par l’invocation du mystère.
Ainsi voit-on apparaître aujourd’hui une formule qui se veut élégante mais qui relève surtout d’une curieuse facilité intellectuelle : Dieu aurait élu Bassirou Diomaye Faye.
A première vue, la formule peut sembler inoffensive. Mais en réalité, elle opère un déplacement significatif. Elle retire à l’histoire ses déterminations humaines pour les confier à une causalité transcendante. Autrement dit, elle transforme un processus politique concret en événement quasi mystique.
Or la politique n’est pas une théologie.
Elle obéit à des dynamiques bien connues : rapports de forces, mobilisation populaire, leadership, capacité à incarner une rupture dans l’imaginaire collectif.
De ce point de vue, la séquence politique sénégalaise qui a conduit à l’alternance de 2024 n’a rien d’un miracle.
Pendant plusieurs années, un homme a travaillé à fissurer l’ordre politique établi. Il a structuré un mouvement, forgé un discours de rupture, mobilisé une jeunesse impatiente et installé dans l’espace public l’idée qu’une alternative était possible.
Cet homme s’appelle Ousmane Sonko.
La dynamique politique qui a traversé le pays n’est donc pas née d’une apparition soudaine. Elle est le produit d’un long travail politique, parfois conflictuel, souvent coûteux, mais méthodiquement construit.
Lorsque les circonstances ont rendu impossible sa propre candidature, Sonko a alors posé l’acte stratégique décisif : transférer cette dynamique vers Bassirou Diomaye Faye.
La suite appartient à la logique des faits. Les électeurs n’ont pas voté pour une apparition providentielle. Ils ont voté pour une trajectoire politique, pour un projet et pour une confiance construite dans la durée.
C’est précisément cette réalité que la rhétorique providentialiste cherche aujourd’hui à diluer.
En invoquant l’intervention divine, on tente d’effacer le rôle du facteur humain dans l’histoire politique récente. Mais l’histoire, elle, résiste toujours aux simplifications.
Elle rappelle une vérité ancienne, que les philosophes matérialistes n’ont cessé de souligner : les événements politiques sont d’abord le produit de dynamiques sociales et de volontés humaines.
Dans cette perspective, Bassirou Diomaye Faye apparaît moins comme une manifestation du ciel que comme l’aboutissement d’une dynamique politique construite ailleurs.
Il n’y a là ni miracle ni mystère.
Seulement une réalité que l’on tente aujourd’hui d’oublier : dans l’histoire politique des peuples, ce sont les hommes qui font les événements… bien plus souvent que la providence.