Quand la révolution cherche son gardien

Mamadou Sèye

Il est des phrases qui dépassent l’instant. Lorsque Ousmane Sonko affirme devant l’Assemblée nationale qu’il a toujours évité les flagorneries mais qu’il accepte désormais d’être « le gardien de la révolution », il ne livre pas une formule de circonstance. Il pose un marqueur politique. Il endosse une responsabilité morale. Il adresse un message à la base militante, au sommet de l’Etat et au peuple tout entier.

Le Sénégal ne vit pas une alternance ordinaire. L’élection de Bassirou Diomaye Faye a consacré un projet forgé dans l’épreuve et structuré autour du PASTEF. Le peuple n’a pas voté une émotion. Il a voté une rupture : justice indépendante, reddition des comptes, souveraineté assumée, discipline budgétaire, transformation structurelle. Il a voté un cap.

Et ce peuple est désormais éveillé. Il observe, compare, interroge. Il ne consomme plus les slogans ; il exige la cohérence. Dans ce contexte, parler de “gardien de la révolution” signifie veiller à ce que le projet ne se dilue ni dans les compromis de confort, ni dans les recompositions prématurées, ni dans les flatteries de cour. Une révolution n’a besoin de gardien que si elle est exposée à un risque : celui du flou stratégique, de l’embourgeoisement politique, de la perte de lisibilité.

La récente tentative de structuration d’une « coalition Diomaye Président » a illustré ce danger symbolique. Non parce qu’élargir serait fautif, mais parce que le signal a brouillé le récit fondateur alors même que le programme est en cours d’exécution. Dans une démocratie mature, la perception est déjà une réalité. Ce n’est pas l’opposition qui nourrit aujourd’hui le doute ; c’est le sentiment d’un décalage interne, d’une cohérence qui doit être réaffirmée.

Dans le même temps, le gouvernement travaille. Les charges sont assumées, les échéances honorées, la discipline budgétaire maintenue dans un contexte contraint. Cette performance est réelle. Elle mérite d’être reconnue. Mais la rigueur administrative ne suffit pas si la lisibilité politique vacille.

La déclaration de Sonko peut être une promesse : celle de protéger l’ADN du combat. Elle peut aussi être un avertissement : la révolution n’est pas un slogan électoral. Dans tous les cas, elle renvoie à une exigence partagée au sommet de l’Etat. On ne garde pas une révolution seul. La fidélité au projet doit être la boussole commune du Président et de son Premier ministre. Le peuple n’a pas voté un duo énigmatique ; il a voté une cohérence.

Le capital politique issu de la victoire est immense mais non illimité. La confiance populaire est solide mais exigeante. Une popularité qui s’érode traduit un trouble diffus : une interrogation sur la direction prise. Le peuple a fait sa part en accordant un mandat clair et massif. En retour, il attend clarté, constance et courage.

Etre gardien de la révolution, c’est refuser la flagornerie, refuser l’isolement du sommet, refuser les signaux contradictoires. C’est surtout transformer la promesse en actes : justice rendue, reddition des comptes effective, cap maintenu sans ambiguïté. Le Sénégal n’a pas voté une mise en scène. Il a voté une transformation.

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