Rapport Mame Mbaye Niang : quand la vérité sort enfin de l’ombre, faut-il encore faire semblant de ne pas voir ?

Par Mamadou Sèye

Pendant des années, on nous a regardés droit dans les yeux pour nous dire, la main sur le cœur, que le rapport Mame Mbaye Niang ( PRODAC) n’existait pas. Un mythe, une invention, une affabulation sortie de l’imagination d’un opposant devenu trop encombrant. Ce mensonge répété, martelé, institutionnalisé, a servi de socle à l’une des décisions politiques et judiciaires les plus lourdes de conséquences de l’histoire récente du Sénégal : l’élimination d’Ousmane Sonko de la course à la présidentielle.

Aujourd’hui, le décor se fissure.
Le rapport existe.
Il est là.
Il est sur la table des autorités judiciaires.

Et soudain, ceux qui criaient à la manipulation découvrent l’amnésie. On voudrait presque nous expliquer que ce n’est finalement pas si important que ça, que le bruit autour de ce rapport serait excessif, déplacé, voire malsain. Sérieusement ?

Soyons sérieux dans ce pays.

L’existence avérée de ce rapport n’est pas un détail technique. C’est un élément nouveau majeur, au sens le plus strict du droit. Un élément qui, dans n’importe quel Etat se réclamant de la justice, pose mécaniquement la question de la réouverture du procès. Tout le reste relève de la diversion, de l’enfumage, ou pire, du mépris assumé pour l’intelligence collective.

Mais il y a plus grave.
Il y a la fuite de Mame Mbaye Niang.

Comment peut-on, d’un côté, tenter de banaliser l’apparition d’un document central dans une affaire ayant bouleversé l’ordre constitutionnel du pays, et de l’autre, garder le silence sur la disparition du principal protagoniste ? Depuis quand la fuite d’un ancien ministre, au cœur d’un dossier aussi sensible, serait-elle un non-événement ?

Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, cette fuite serait analysée pour ce qu’elle est : un aveu par le comportement, une fuite devant la vérité, ou à tout le moins une lourde présomption de malaise face à ce que le rapport pourrait révéler. Ici, on voudrait presque nous expliquer que c’est anecdotique, que l’homme avait sans doute besoin d’air.

Non.
On ne fuit pas quand on est serein.
On ne disparaît pas quand on est sûr de son bon droit.

Ce dossier n’est pas un dossier parmi d’autres. Il a servi d’arme politique, avec la bénédiction tacite – ou active – d’un système qui a préféré éliminer un adversaire plutôt que de l’affronter à la loyale. Aujourd’hui que les faits rattrapent le récit officiel, il est pour le moins indécent de demander au peuple de baisser les yeux et de passer à autre chose.

La question n’est donc pas de savoir si ce rapport mérite “autant de bruit”.
La vraie question est la suivante : comment a-t-on pu condamner, exclure et disqualifier un homme sur la base d’un document que l’on jurait inexistant ?

Tant que cette question restera sans réponse claire, le bruit est non seulement légitime, il est nécessaire.
Parce que le silence, dans cette affaire, ne serait pas de l’apaisement.
Ce serait une capitulation morale.

Et ça, camarade, le Sénégal ne peut plus se le permettre.

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