Par Mamadou Sèye
Le remaniement du 6 septembre 2025 restera comme un tournant majeur dans la jeune gouvernance de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. Dix-huit mois après leur arrivée au pouvoir, les deux hommes ont choisi de frapper fort en sacrifiant deux portefeuilles régaliens : la Justice et l’Intérieur.
Dans la rue, les premières impressions sont globalement positives. Beaucoup saluent un geste attendu, surtout après la marche des victimes des exactions, où la Justice avait été vivement interpellée. Le départ d’Ousmane Diagne et la nomination de Yassine Fall, figure politique assumée, portent l’espoir d’une justice réhabilitée et réconciliée avec les citoyens. A l’Intérieur, l’arrivée de Bamba Cissé est perçue comme un signe de rupture avec la logique militaire qui dominait jusque-là.
Mais si une partie de l’opinion salue ce souffle nouveau, l’opposition ne manquera pas d’ouvrir le feu. Les départs à la Justice et à l’Intérieur alimentent déjà le procès en politisation excessive des institutions. Certains dénonceront un simple recyclage partisan, une mainmise de Sonko sur des leviers sensibles, là où beaucoup attendaient une ouverture ou des profils consensuels.
Au-delà des ministères régaliens, l’entrée de Déthié Fall, homme politique aguerri, et d’Amadou Bâ, militant du Pastef, illustre une stratégie assumée : ancrer le gouvernement dans un socle partisan solide. C’est une récompense politique, mais aussi un pari risqué face à une opinion qui reste exigeante.
La reconduction de la majorité des ministres traduit toutefois une volonté de stabilité dans les secteurs clés. Economie, Education, Santé, Agriculture ou Finances restent entre les mêmes mains. Le message est clair : recentrage là où la pression sociale et politique était la plus forte, continuité là où les réformes doivent avancer sans rupture.
En définitive, ce remaniement est accueilli avec un mélange d’espoirs et de soupçons. Espoirs d’un tournant décisif vers plus de justice et de sécurité. Soupçons d’un calcul politique où Sonko et Diomaye renforcent leur camp au détriment de l’ouverture. C’est désormais dans l’action quotidienne des nouveaux ministres que se jouera la réponse à cette équation délicate : transformer la confiance fragile des citoyens en adhésion durable.