Respectons Dieu: il n’a pas élu Diomaye Faye

Par mamadou Sèye

La politique n’est pas une affaire de miracles ; c’est une affaire d’hommes, de choix, de sacrifices et de risques assumés. Pourtant, au Sénégal, une tradition bien ancrée voudrait que chaque accession au pouvoir soit attribuée à la volonté divine, comme si les luttes humaines n’étaient que les coulisses d’un théâtre céleste. Cette lecture mystique rassure, mais elle déforme la vérité des faits. Car lorsqu’on observe l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la tête de l’Etat, une réalité implacable s’impose : ce n’est pas Dieu qui l’a porté au pouvoir, c’est Ousmane Sonko.

Il faut le dire sans détour. L’ascension de Diomaye n’a rien d’un miracle. Elle repose sur un acte politique d’une portée exceptionnelle : le refus catégorique de Sonko d’accepter le report de l’élection, alors même que ce report aurait pu lui permettre de se présenter. Là où d’autres auraient négocié, marchandé, temporisé, calculé, Sonko a choisi la voie la plus difficile : il a sacrifié sa propre candidature pour sauver la cohérence du combat. Ce geste, le monde entier l’a reconnu, admiré, disséqué. C’est ce que Machiavel appelait la virtù, cette capacité d’agir contre soi-même pour préserver le bien supérieur de la cité. C’est ce que Mao désignait lorsqu’il affirmait que le révolutionnaire doit « plier son destin personnel devant la contradiction principale ». C’est ce que Fanon considérait comme le moment fondateur où un homme devient la voix d’un peuple et non plus l’expression de sa propre ambition.

L’histoire retiendra ce renoncement. Car il faut être clair : sans Sonko, il n’y a ni dynamique populaire, ni mouvement structuré, ni projet idéologique, ni candidature Diomaye. Le fait que ce dernier soit devenu Président n’est pas un mystère, mais la conséquence logique d’une stratégie mûrement réfléchie, d’une résistance assumée et d’une lecture dialectique de la situation. La politique obéit à des lois : elle s’inscrit dans la lutte, l’organisation, la prise de risque. Rien, absolument rien, dans l’expérience sénégalaise récente, ne relève d’un geste divin.

Dire que « Dieu a fait Diomaye Président » revient à effacer le rôle central joué par Sonko, celui des militants, celui des martyrs, celui du peuple qui s’est levé. Cela revient à occulter l’intelligence stratégique, la verticalité morale et la capacité d’anticipation de celui qui a préféré la continuité du combat à la satisfaction personnelle. Car Dieu ne construit pas des partis politiques. Dieu ne mobilise pas des bases militantes. Dieu ne rédige pas des programmes. Dieu ne dit pas « pas de report ». Ce sont les hommes qui le font.

Et sur ce terrain, Sonko a posé un acte que peu de leaders africains — et même mondiaux — auraient posé. Il a accepté de devenir le numéro un empêché pour permettre au mouvement de survivre. Il a accepté d’être celui qui inspire plutôt que celui qui s’assoit dans le fauteuil. Il a accepté de perdre une élection pour que son peuple gagne une alternance. C’est ce geste, précisément, qui explique pourquoi dans toutes les analyses internationales, dans les cercles panafricains, dans les think tanks et les médias étrangers, on ne parle jamais de Diomaye sans évoquer Sonko.

Le monde a compris ce que beaucoup ici refusent d’admettre : Diomaye est l’expression institutionnelle d’un projet dont Sonko est l’architecte. Les philosophes ont souvent rappelé que la politique est une affaire d’hommes, d’idées, de forces sociales, non de détermination divine. Et les faits leur donnent raison : l’accession de Diomaye est le produit d’une dialectique historique, pas d’une prédestination mystique.

Le Sénégal peut être un peuple de croyants — profondément — sans pour autant tomber dans la confusion entre foi et politique. La foi relève du salut ; la politique relève de la confrontation, de la contradiction, de l’organisation. La première apaise l’âme ; la seconde forge l’histoire. Confondre les deux, c’est trahir la vérité du combat mené.

Ainsi, camarade, remettons les faits à leur juste place : si Diomaye est devenu Président, c’est parce qu’un homme, Sonko, a construit les conditions politiques de cette victoire. Rien dans ce processus ne relève du miracle. Tout relève du courage, de la stratégie et de la cohérence. Et s’il faut une vérité ultime, la voici : Dieu n’élit pas des Présidents. Les hommes, eux, le font.


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