Riz, pouvoir d’achat et silence assourdissant de l’opposition

Par Mamadou Sèye

Il est des décisions publiques qui, à elles seules, disent plus long qu’un discours de politique générale. La perspective d’une baisse de 50 FCFA sur le prix du riz brisé importé à partir de 2026 en fait incontestablement partie. Car au Sénégal, le riz n’est pas un produit parmi d’autres : il est au cœur de la consommation des ménages, au centre de l’assiette populaire, au croisement du social, de l’économique et du politique.

Qu’on ne s’y trompe pas : cette annonce est une prouesse. Elle s’ajoute à une série de baisses déjà enregistrées sur des produits de première nécessité, dans un contexte mondial encore instable, sans recours au traditionnel chèque du FMI brandi naguère comme unique horizon de crédibilité économique. Voilà un fait. Brut. Têtu.

Réduire le prix du riz, ce n’est pas flatter l’opinion. C’est toucher directement au quotidien des familles, à la marmite, au pouvoir d’achat réel et non théorique. C’est faire une politique qui se mesure en bols de riz, pas en communiqués triomphants. Et c’est précisément pour cela que cette décision dérange autant qu’elle impressionne.

Car elle révèle une méthode : concertation avec les acteurs, arbitrage politique assumé, recherche d’équilibre entre viabilité économique et justice sociale. Loin des slogans, loin de l’endettement réflexe, loin des recettes toutes faites imposées de l’extérieur. Une méthode qui tranche avec des décennies de gestion où l’on expliquait doctement au peuple que certaines choses étaient impossibles… jusqu’à ce qu’elles deviennent soudain possibles.

Il n’est donc pas étonnant que cette séquence se déroule dans un silence presque total de l’opposition. Comment s’opposer frontalement à une baisse du prix du riz ? Comment crier à l’incompétence quand l’assiette respire un peu mieux ? Comment mobiliser quand les faits parlent plus fort que les postures ?

Ce silence n’est pas un hasard. Il est le produit d’un désarmement politique face à une action publique lisible, sociale, et assumée. Une opposition peut prospérer sur l’échec, rarement sur des mesures qui améliorent concrètement la vie des gens.

Bien sûr, tout n’est pas réglé. Et personne ne prétend que la bataille du coût de la vie est gagnée. Mais une chose est certaine : lorsque l’État agit sans bruit, sans FMI en tuteur, sans mépris pour les réalités populaires, et que cela se traduit par des baisses tangibles sur les produits essentiels, il devient difficile de raconter une autre histoire.

Au fond, cette baisse annoncée du prix du riz dit une chose simple : le changement commence quand la politique descend dans l’assiette. Et quand cela arrive, les cris s’éteignent, les procès d’intention s’effondrent… et certains découvrent soudain les vertus du silence.

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