Par Mamadou Sèye
En République du Congo, la perspective d’une nouvelle réélection de Denis Sassou Nguesso ne suscite plus vraiment de suspense. Elle alimente plutôt un sentiment mêlé de lassitude et d’indignation. Car derrière l’apparente normalité électorale se cache une réalité autrement plus sombre : celle d’un pouvoir qui, depuis des décennies, s’est maintenu par la contrainte, la manipulation institutionnelle et la neutralisation méthodique de toute opposition sérieuse.
Arrivé au pouvoir en 1979 dans un contexte de parti unique, Sassou Nguesso a déjà marqué l’histoire politique de son pays par sa longévité exceptionnelle. Battu lors de l’ouverture démocratique du début des années 1990, il reviendra au sommet de l’Etat en 1997 à l’issue d’une guerre civile dévastatrice. Depuis lors, il n’a cessé de consolider un système politique où l’alternance semble devenue une hypothèse théorique.
L’un des tournants les plus controversés reste le référendum constitutionnel de 2015. Cette consultation, organisée dans un climat de fortes tensions, a supprimé les limitations d’âge et de mandats présidentiels qui empêchaient le chef de l’Etat de se représenter. L’opposition et de nombreuses organisations de la société civile avaient dénoncé un processus verrouillé. Les manifestations contre ce changement constitutionnel furent réprimées, et plusieurs figures politiques furent arrêtées ou poursuivies.
Parmi les épisodes les plus marquants figure l’emprisonnement de personnalités de l’opposition accusées de complot ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Pour les défenseurs des droits humains, ces procédures ont souvent servi à neutraliser des adversaires politiques gênants plutôt qu’à rendre justice. Plusieurs opposants ont également choisi l’exil, estimant que l’espace politique national était devenu trop dangereux.
A chaque cycle électoral, le scénario se répète : arrestations préventives, surveillance accrue des militants, restrictions sur les rassemblements politiques et climat général d’intimidation. Les campagnes électorales ressemblent moins à des confrontations d’idées qu’à des exercices sous haute surveillance.
L’épisode le plus révélateur reste sans doute la coupure d’Internet observée lors de certaines consultations électorales. Cette pratique, désormais tristement répandue dans plusieurs régimes autoritaires, vise à empêcher la circulation rapide d’informations, les dénonciations d’irrégularités et la mobilisation citoyenne. Elle symbolise une peur profonde : celle de la transparence.
Car l’information libre constitue souvent la première victime des régimes qui redoutent le verdict réel des urnes.
A cela s’ajoute une gestion du pouvoir marquée par une forte concentration des richesses et des leviers économiques autour du cercle présidentiel. Dans un pays pourtant riche en ressources pétrolières, une grande partie de la population continue de vivre dans des conditions précaires, alimentant le sentiment que les bénéfices nationaux ne profitent qu’à une élite étroitement liée au pouvoir.
C’est dans ce contexte que l’annonce d’une nouvelle victoire électorale apparaît moins comme un événement politique que comme la confirmation d’un système.
Et c’est là que se pose la question morale et historique.
Car aucune Nation ne devrait être condamnée à rester prisonnière d’un seul homme pendant un demi-siècle. Aucun peuple ne devrait voir ses institutions remodelées à répétition pour satisfaire l’ambition d’un dirigeant déterminé à rester au sommet.
L’Afrique contemporaine est traversée par des aspirations nouvelles : une jeunesse exigeante, des sociétés civiles plus vigilantes et une demande croissante de responsabilité politique. Dans ce paysage en mutation, les présidences à durée indéterminée apparaissent de plus en plus comme les vestiges d’un autre âge.
L’histoire finit toujours par juger ces situations avec sévérité.
Car si le pouvoir peut parfois durer longtemps, la mémoire des peuples dure toujours plus longtemps encore.