Séquence post-24 mars : entre appel à la paix et exigence de justice, les attentes restent entières

Le discours du président Bassirou Diomaye Faye, prononcé à l’occasion du Nouvel An, et dans lequel il a affirmé que « rien ne sera jamais placé au-dessus de la paix, de l’unité et de l’intégrité du Sénégal », n’a pas suscité l’adhésion unanime espérée. Plusieurs organisations et acteurs issus des luttes de 2021 à 2024 ont exprimé des réserves, estimant que ce discours n’a pas suffisamment répondu aux attentes politiques nées de la victoire du 24 mars 2024.

C’est notamment le cas du Collectif des ex-détenus politiques et victimes des événements de 2021-2024 (CODEPS), qui, dans un communiqué rendu public, a tenu à rappeler que « aucune paix durable ne peut se construire sur l’impunité ou le déni ». Le CODEPS considère que l’appel présidentiel à l’apaisement, s’il est nécessaire, ne saurait faire l’économie d’un traitement clair des responsabilités politiques et judiciaires liées aux violences ayant marqué la période pré-électorale. Le collectif insiste sur la nécessité de vérité, de justice et de réparation, au nom des victimes et des martyrs.

Dans le même temps, une Déclaration commune sur la situation nationale, datée du 30 décembre 2025 et intitulée « Nous ne devons pas rater la séquence ouverte par le 24 mars 2024 », a été rendue publique par plusieurs organisations et personnalités issues de la gauche patriotique et révolutionnaire. Les signataires – Espace Leeralante / Pensées Politiques Partagées (EL-3P), le Comité pour la Plateforme de Réflexions (CPR) – Dooleel PIT, ainsi que Mamadou Wane dit Mao Wane – y développent une lecture historique et politique de la séquence actuelle.

Dans ce texte, les signataires rappellent que de 2021 à 2024, le peuple sénégalais, toutes générations confondues, est monté sur la scène de l’Histoire, à travers des luttes caractérisées par leur durée, la forte implication des jeunes et des femmes, et des formes d’organisation largement autonomes, même si la figure d’Ousmane Sonko et l’action de PASTEF constituaient un arrière-plan structurant. Selon eux, la victoire du 24 mars est avant tout celle de la jeunesse, porteuse d’une volonté affirmée de rompre avec la dépendance néocoloniale, de rendre justice aux martyrs, de recouvrer les biens publics spoliés et de mettre fin à l’arrogance des élites bureaucratisées.

Les signataires soulignent également que cette victoire s’inscrit dans une longue tradition de luttes, allant des combats pour l’indépendance immédiate et totale, aux affrontements contre la confiscation démocratique, jusqu’à la contestation des alternances jugées dévoyées sous les régimes de Wade et de Macky Sall. Ils estiment qu’une ligne de fracture traverse désormais la séquence ouverte par le 24 mars.

Selon la Déclaration commune, deux orientations politiques s’opposent :
– celle qui vise à poursuivre l’exécution du Projet porté par PASTEF, voire à en faire une étape vers une transformation révolutionnaire plus profonde,
– et celle d’un retour au statu quo ante, que les signataires attribuent aux forces néocoloniales et conservatrices.

A ce propos, Mamadou Wane, dit Mao Wane, l’un des signataires, insiste sur le fait que le 24 mars ne saurait être réduit à une victoire électorale à gérer, mais constitue selon lui « une rupture populaire qui oblige à des choix clairs ». Il met en garde, avec ses camarades, contre toute tentative de normalisation prématurée susceptible de vider la séquence de sa substance politique.

La Déclaration commune appelle par ailleurs la direction de PASTEF à user de son hégémonie électorale et de sa majorité parlementaire pour engager des réformes institutionnelles profondes, notamment l’éradication de l’hyper-présidentialisme et l’instauration d’une Nouvelle République, fondée sur la séparation des pouvoirs, le respect effectif des libertés et le parachèvement des souverainetés nationales.

Les signataires situent enfin la séquence sénégalaise dans un contexte géopolitique international hostile, évoquant la volonté de la France de préserver son pré-carré, ainsi que les stratégies plus larges des puissances impérialistes à l’égard de l’Afrique. Ils estiment que les forces souverainistes et progressistes font l’objet de tentatives de déstabilisation et appellent à une mobilisation durable, notamment en perspective des élections territoriales de 2027.

Entre l’appel présidentiel à la paix et les prises de position du CODEPS et des signataires de la Déclaration commune, un même constat se dessine : la séquence ouverte par le 24 mars reste ouverte, disputée et sous tension, et les attentes populaires en matière de justice, de reddition des comptes et de transformation structurelle demeurent entières.


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3 commentaires sur « Séquence post-24 mars : entre appel à la paix et exigence de justice, les attentes restent entières »

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