Par Mamadou Sèye
Il est des instants où l’histoire se contracte, où le présent s’épaissit jusqu’à devenir destin. La prestation d’Ousmane Sonko fut de ceux-là. Ce n’était pas un discours : c’était une dialectique vivante, un moment où la contradiction entre un peuple en quête de dignité et une opposition en perte de repères s’est tranchée dans la clameur des foules. Larmes, cris, ferveur : la politique a retrouvé son essence, celle de l’émotion partagée et de la pensée incarnée.
Sonko a d’abord replacé l’action publique sur son axe central : « Le plan de redressement social est notre priorité, car aucun progrès n’a de sens si les plus fragiles restent au bord du chemin ». Ici, le matérialisme historique rejoint le matérialisme social. On ne bâtit pas une Nation sur les cendres de ses pauvres. On ne proclame pas la grandeur nationale en abandonnant les masses. Cette phrase, d’une limpidité implacable, a frappé les esprits comme un rappel à l’ordre moral et politique.
Puis il a élevé le débat au-dessus des marécages où s’enlisent ses adversaires : « Parlons économie, sciences, développement. Tout le reste n’est que distraction ». Là, c’est la critique maoïste du subjectivisme qui résonne. Refuser les bavardages creux, c’est refuser de perdre le temps du peuple. La vérité n’est pas dans les querelles, mais dans la pratique, dans la production, dans le travail concret qui transforme la société.
Sur la dette, Sonko a montré qu’il ne s’enferme pas dans les slogans mais assume la complexité dialectique : « Des efforts seront faits pour un remboursement de la dette sur fonds propres d’au moins 90%. Et à ce moment, tant mieux si le FMI et la Banque mondiale nous viennent en aide ». Autrement dit, compter d’abord sur ses propres forces, puis dialoguer avec l’extérieur sans complexe ni soumission. C’est la traduction contemporaine de ce que Mao appelait l’indépendance et l’autonomie : tenir debout d’abord, puis négocier de pied ferme.
La justice, elle aussi, fut évoquée sans détour : « La reddition des comptes est nécessaire. Aucune orientation ne sera donnée pour tel ou tel dossier, mais l’Etat prendra ses responsabilités quand il le faudra ». On retrouve ici la dialectique de la rigueur et de la mesure. Ni chasse aux sorcières, ni impunité : une justice qui ne se dévoie pas dans l’arbitraire mais qui refuse l’oubli. Une ligne de crête qui renvoie dos à dos le laxisme et la vengeance.
Et puis, Sonko a tendu la main à la diaspora, qu’il a élevée au rang de force stratégique : « La contribution de la diaspora est attendue à travers des diaspora bonds ou d’autres types d’investissements ». Là encore, la dialectique opère : transformer l’absence en présence, le départ en retour, l’exil en capital. Faire de la dispersion du peuple une force productive et un ciment national.
Mais le coup de grâce fut porté à ceux qui spéculent sur une fracture au sommet : « Leur souhait, c’est de voir surgir une brouille entre le Président et moi. Ils rêvent, parce que cela n’arrivera jamais ». La salle explosa, les larmes coulèrent. Car cette phrase ne disait pas seulement la loyauté d’un homme à un autre, elle proclamait l’unité du pouvoir politique comme rempart contre toutes les manœuvres.
Ce moment fut dialectique au sens fort : l’unité et la contradiction, la raison et l’émotion, l’économie et la justice, l’intérieur et la diaspora, tout fut tenu ensemble. Voilà pourquoi tant de Sénégalais ont pleuré : ils ont senti que l’histoire, pour une fois, ne se jouait pas ailleurs, mais ici, sous leurs yeux.
Et face à cela, l’opposition est apparue telle qu’elle est : une survivance, un résidu, une élite épuisée qui n’a plus que l’illusion du verbe. La dialectique est cruelle : quand une force montante rencontre une force déclinante, l’issue est connue d’avance. Avec un tel spectacle, l’opposition n’a pas seulement fort à faire : elle est condamnée à se réinventer ou à disparaître.
Car avant-hier, ce n’était pas Sonko seul qui parlait. C’était le peuple, moteur de l’histoire, qui trouvait enfin dans une voix la traduction de ses souffrances, de ses rêves et de ses colères. Et comme l’enseignait Mao, quand le peuple se lève, aucune force ne peut l’arrêter.