Par Mamadou Sèye
Au-delà du contenu du plan “Jubbanti Koomu Sénégal” présenté le 1er août 2025, un signal a retenti avec force au Grand Théâtre : la volonté de l’exécutif de se libérer de la tutelle implicite des institutions financières internationales, en particulier le FMI. Ce n’est pas une déclaration de rupture frontale, mais un message clair : 90 % du financement de ce plan sera assuré par les ressources internes, avec un recours minimal aux prêts extérieurs. En arrière-plan, une critique implicite d’un modèle qui, depuis quatre décennies, a corseté la politique budgétaire du Sénégal et l’a soumis aux arbitrages de Washington. La dette abyssale – plus de 119 % du PIB selon les dernières données du FMI – n’est pas seulement un problème comptable : elle est devenue un problème politique, un instrument de dépendance. En affirmant que le pays peut compter sur sa propre épargne, ses recettes fiscales, ses ressources naturelles et ses marges de rationalisation, Sonko adresse un défi symbolique au schéma classique de l’« ajustement ». Le ton est nouveau : pas de diabolisation du FMI, mais une mise à distance volontaire et assumée. Car dans la salle, tout le monde a compris le sous-texte : ce plan sera jugé aussi à sa capacité de redonner une marge de manœuvre au pays. Cette indépendance budgétaire est le pari le plus risqué du programme : s’il réussit, il marquera une étape décisive dans la souveraineté africaine ; s’il échoue, les mêmes institutions reviendront, plus exigeantes encore, dicter leurs conditions. L’histoire retiendra que ce 1er août 2025, le Sénégal a osé dire qu’il voulait se tenir debout face au FMI. Reste à voir si les actes suivront.