Par Mamadou Sèye
La CAN est gagnée. Sur le terrain, il n’y a eu ni débat ni contestation : les « Lions » ont assumé, le staff a assumé, la Fédération sénégalaise de football a rempli sa mission et tout un peuple s’est levé derrière son équipe. La victoire est nette, propre, incontestable. Mais une fois les projecteurs éteints, une autre réalité s’est imposée, beaucoup plus sombre.
Dix-huit supporters sénégalais sont toujours détenus au Maroc. Les familles vivent dans l’angoisse. Des difficultés d’accès aux avocats sont rapportées et l’un d’eux a publiquement utilisé un mot qui a frappé l’opinion : otages. Ce terme n’est pas anodin. S’il s’installe dans le débat, c’est parce que le temps passe et que rien, du point de vue des résultats, ne bouge vraiment.
Dans le même moment, les primes dues au vainqueur tardent à parvenir. Ce qui devrait relever d’une formalité devient une attente interminable. Là aussi, l’incompréhension grandit. Comment un droit aussi clair peut-il se perdre dans les sables administratifs ?
Au début, la colère populaire visait surtout les autorités du Maroc. Beaucoup ont estimé que la défaite était difficile à digérer, que certaines attitudes observées après la finale ne respiraient pas le fair-play. Ce sentiment existe encore. Il est profond.
Mais, jour après jour, la cible se déplace.
Dans les maisons, dans les radios, sur les réseaux sociaux, une question revient avec insistance : où est la diplomatie sénégalaise ? Qu’a-t-elle obtenu ? Quelles garanties a-t-elle arrachées ? Quelle pression a-t-elle exercée pour que nos compatriotes retrouvent leurs droits et que les engagements financiers soient respectés ?
Parce qu’au fond, ce que beaucoup de Sénégalais ressentent désormais est simple et terrible à la fois : nous ne nous sommes pas fait respecter.
Personne ne demande la rupture. Les liens entre les deux pays sont anciens, humains, spirituels, stratégiques. Mais l’amitié ne peut pas être synonyme de silence. Elle ne peut pas signifier que, lorsque des citoyens sont en difficulté, on accepte d’attendre indéfiniment sans explication convaincante ni avancée visible.
Protéger ses ressortissants à l’étranger est un devoir. Pas une variable d’ajustement.
Peut-être que des démarches existent dans les coulisses. Peut-être que des discussions ont lieu loin des micros. Mais en diplomatie, ce qui ne produit pas de résultats ressemble à l’inaction. Et cette impression est en train de s’installer dangereusement dans l’opinion.
Plus les jours passent, plus grandit l’idée que la victoire des Lions, qui aurait dû unir et grandir le pays, révèle au contraire nos faiblesses lorsqu’il s’agit de défendre concrètement les nôtres.
L’Etat doit entendre cette colère. Non pas pour céder à l’émotion, mais pour rétablir une évidence : un Sénégalais ne doit jamais avoir le sentiment d’être abandonné loin de chez lui. Et une Nation qui gagne doit être traitée comme un vainqueur, partout, par tous.