Par Mamadou Sèye
La nuit a été longue à l’Université Cheikh Anta Diop. Au réveil, une certitude domine, lourde, irréversible : un étudiant a perdu la vie dans la séquence d’affrontements qui a une nouvelle fois transformé le temple du savoir en théâtre de violences. L’annonce, venue de responsables estudiantins, a rapidement circulé, identifiant la victime comme Abdoulaye Ba, inscrit en deuxième année de médecine dentaire.
Très vite, l’émotion s’est mêlée aux interrogations. Des voix étudiantes ont évoqué une blessure survenue lors de l’intervention des forces de l’ordre à l’intérieur du campus et une prise en charge par les services de santé du COUD. Mais, à cette heure, rien n’est encore définitivement établi sur les circonstances exactes du drame, et cette prudence s’impose à tous tant que les vérifications officielles ne sont pas allées à leur terme.
Face à la gravité de la situation, l’Etat a réagi. Les autorités ont fait part de leur tristesse et de leurs condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à la communauté universitaire. Surtout, elles ont annoncé l’ouverture d’une enquête indépendante et transparente afin de déterminer les responsabilités. Dans le même mouvement, l’appel à la retenue et à l’apaisement a été réitéré, signe que la priorité demeure d’éviter l’embrasement.
Ce décès survient dans un climat déjà saturé de tensions. Depuis plusieurs jours, les étudiants expriment leur colère autour de questions sociales, notamment les retards de bourses et de rappels, avec des face-à-face de plus en plus rudes avec les forces déployées autour du campus. La crise n’est donc pas née hier, et chacun sait combien l’accumulation des frustrations peut produire des étincelles dans un espace aussi sensible que l’université.
L’instant est dès lors d’une extrême délicatesse. Il appelle de la dignité pour la mémoire du disparu, de la rigueur dans l’établissement des faits et du sang-froid dans la parole publique. Car si la douleur est légitime, la précipitation des jugements peut l’être beaucoup moins. L’enquête annoncée devra aller vite, dire clairement ce qui s’est passé et permettre, au-delà des émotions, de restaurer la confiance.
Dans l’intervalle, le pays retient son souffle. L’université, miroir de la Nation, rappelle brutalement que chaque crise sociale mal résolue porte en elle le risque du basculement. Ce matin, plus que jamais, l’exigence de vérité s’impose comme la première des réparations.