Par Mamadou Sèye
Camarade, personne ne nie les difficultés supposées entre le Président de la République et le Premier ministre. Elles existent peut-être, ou peut-être pas, mais en tout état de cause elles relèvent du domaine du raisonnable, pas du spectaculaire. Pourtant, certains en ont fait un feuilleton imaginaire, persuadés que la moindre divergence devait se transformer en séisme politique. Leur imagination est si fertile qu’ils voient dans les déplacements séparés du Président et du Premier ministre la preuve d’une crise jamais vue auparavant.
Le plus savoureux, c’est que certains avaient même présenté le déplacement du Premier ministre comme une fuite. Oui, une fuite ! Rires. Comme si un Premier ministre quittait le pays clandestinement, en pleine nuit, pour échapper à des responsabilités institutionnelles qu’il s’apprête pourtant à assumer… à visage découvert, devant l’Assemblée nationale, ce vendredi. Difficile de faire plus incohérent.
Ce qui dérange réellement certains, c’est que malgré leurs scénarios catastrophes, le pays est calme, stable, imperturbable. Pas d’effondrement, pas de vacance, pas de chaos. Un exécutif supposé en “brouille”, mais un Etat qui tourne avec une précision tranquille. C’est ce calme qui les irrite : ils attendaient l’explosion, ils trouvent la routine.
A l’heure d’Internet, il est possible d’être partout dans le monde et de voir ce qui se passe dans son bureau. Il est possible de tenir une réunion stratégique depuis un tarmac ou un salon diplomatique. Il est possible de signer électroniquement des documents officiels, de valider des décisions, de suivre minute par minute les urgences du pays. Le pouvoir ne voyage plus : il se connecte.
La création de la coalition Diomaye a perturbé des calculs personnels, réveillé des ambitions poussiéreuses, alimenté de vieilles rivalités. Comme ces acteurs n’ont rien trouvé de solide pour s’opposer, ils s’accrochent à des ombres : l’absence simultanée, la “brouille”, la rumeur, le geste interprété. Mais pendant qu’ils s’agitent dans leur théâtre d’ombres, l’Etat, lui, avance.
Le Président est en mission, le Premier ministre prépare son face-à-face avec les députés, et le Sénégal reste calme et tranquille, malgré toutes les tentatives de dramatisation. C’est précisément ce contraste — un pays paisible, un pouvoir qui fonctionne, et des scénarios d’effondrement qui n’arrivent pas — qui gêne tant ceux qui comptaient sur le désordre pour exister encore un peu.